Confinés à la maison à cause de la COVID-19, les gens cuisinent davantage, observe François Biron, propriétaire de la ferme Chapeau Melon située à L’Ange-Gardien, en Outaouais. 

Julie Roy, Collaboration spéciale Julie Roy, Collaboration spéciale
La Presse

Pour ce producteur d’une quinzaine de cultures biologiques, les commandes fusent tellement qu’il n’arrive plus à répondre à la demande. Un beau problème pour celui qui s’affaire depuis 2012 à développer un modèle différent en cultivant des légumes en plein hiver.

« Pour me démarquer, je cultive des produits quand les autres n’en ont pas. Par exemple, depuis février, je récolte des épinards », explique l’agriculteur de 40 ans. C’est grâce à ses cinq serres non chauffées de 1860 m2, recouvertes de plusieurs grandes bâches, que François Biron arrive à faire pousser laitues, chou frisé (kale), oseille, épinards et autres légumes en feuilles. Appliquées ainsi, ces bâches permettent d’augmenter la température dans les serres. 

« On sème à l’automne. Ensuite, il y a une période de dormance parce qu’il n’y a pas assez de luminosité et de chaleur. Quand la lumière revient, les légumes croissent et peuvent tolérer des températures de  - 7 °C, - 8 °C », précise-t-il.

Objectif : vivre de sa terre

Ancien agronome, François Biron ne voulait pas être un « gentleman farmer », il souhaitait vivre de l’agriculture. 

« Pour moi, acheter une terre vient avec l’obligation de s’en occuper et de la cultiver », dit-il. Dès le départ, il s’est concentré sur la production biologique. D’abord pour une question de valeurs, mais aussi en raison de sa rentabilité. 

«  Je crois au biologique, mais je suis aussi un entrepreneur. Le rendement est de 90 % par rapport à celui du conventionnel, mais la marge bénéficiaire est plus grande. Cette année, j’ai vendu 1095 $ ma tonne de soya, tandis que les producteurs conventionnels ont obtenu 500 $ la tonne. Je ne ferais pas ce type de culture si je perdais de l’argent.  »

Faire des paniers bio ne figurait pas non plus dans les plans de l’entrepreneur.

On n’était pas à l’aise dans ce modèle. Je préfère faire moins de cultures, mais en plus grosses quantités. 

François Biron

Pour réussir à vendre ses produits, il a dû faire sa marque auprès de distributeurs, dont les Fermes Lufa, spécialisées dans la distribution de paniers. « Il faut observer le marché et offrir ce que les autres n’ont pas, souligne-t-il. Quand on a commencé, on a fait des melons carrés. C’était 100 % marketing. Bien que nous n’en fassions plus, les gens nous en parlent encore. »

Depuis cinq ans, François Biron se démarque avec ses bébés gingembres. « C’est identique au principe du bœuf et du veau. Il s’agit du même produit, mais que l’on récolte plus tôt. Il n’a pas sa pelure brune et son goût est plus doux. Seul inconvénient, il ne se conserve pas et il faut le consommer frais ou le congeler. »

Après avoir remporté le prix de la relève agricole 2019, François Biron veut maintenant systématiser et automatiser ses procédés. « Si je ne suis pas là, l’entreprise ne roule pas. Il faut qu’elle puisse continuer à vivre sans que je sois autant impliqué.  »