L’opération est bien vue par les agriculteurs, mais soulève aussi des critiques

Julie Roy, Collaboration spéciale Julie Roy, Collaboration spéciale
La Presse

Le défi est de taille pour Laval : remettre en culture 6117 lots de terres inexploitées qui appartiennent à plus de 1619 propriétaires différents, répartis sur 21 sites. Ce remembrement de terres devrait permettre à terme d’accroître de 10 % les surfaces cultivées, mais rien n’est gagné.

Cela fait plus de deux décennies que les producteurs agricoles militent pour remembrer des terres agricoles. « On a besoin de ces terres pour nourrir la population », explique Donald Beaulieu, producteur agricole dont la famille est établie à Laval depuis 1754.

Gilles Lacroix, agriculteur établi depuis 1972 et président de la section locale de l’Union des producteurs agricoles (UPA), estime que de petits gains ont été réalisés, comme la surtaxe de 200 $ qui a été imposée sur les parcelles non cultivées. Toutefois, il précise qu’il reste du chemin à faire. « On fait constamment des petits gains, mais cela prend une éternité à se concrétiser. Je sais que ça va se faire, mais quand ?  J’ai confiance que ce sera en 2020. »

Un long processus

Remembrer une terre est une tâche complexe. Il faut joindre chacun des propriétaires et les convaincre de vendre.

Certains possèdent une terre et ils ne peuvent pas y construire d’habitation parce que ce sont des lots impossibles à dézoner et protégés par la loi. Ils ne peuvent rien y faire, mais refusent malgré tout de vendre.

Stéphane Lalande, commissaire agroalimentaire au Service du développement économique de la Ville de Laval

La pensée que la terre sera dézonée ou l’idée que celle-ci vaudra son pesant d’or un jour figurent parmi les raisons qui freinent les ventes. Malgré tout, Stéphane Lalande refuse de parler d’expropriation. « On préfère convaincre ces propriétaires. Il y a d’autres solutions, comme offrir un autre lot en échange. »

Acheter, mais pas à n’importe quel prix

Au cours des deux dernières années, la Ville a réussi à mettre la main sur une centaine de lots. La hausse de la valeur foncière et, par conséquent, celle des terres agricoles n’y sont sûrement pas étrangères, selon Gilles Lacroix. « Pour ces gens, cela devient plus intéressant de vendre. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Septième génération de producteurs agricoles, Louis Forget croit que la Ville paie trop cher pour les terres qu’elle acquiert en lien avec le remembrement.

Louis Forget, producteur laitier, croit cependant que la Ville fait fausse route en acquérant les terres à une valeur élevée. « Je suis d’accord avec le remembrement, mais cela n’a pas de sens d’acquérir un lot qui peut aller jusqu’à 60 000 $ l’hectare. Une fois le lot remembré, aucun producteur ne voudra payer le prix que la Ville aura déboursé. C’est trop cher et non rentable, sans parler de tout le travail qu’il faudra faire pour le rendre cultivable. » Voisin de l’un des lieux ciblés, Louis Forget s’insurge aussi contre la hausse qu’a subie son compte de taxes à la suite du nouveau rôle d’évaluation foncière. « Ma terre est passée d’une valeur de 600 000 $ à 1,6 million. Le fait que la Ville achète des terres a créé une inflation », estime-t-il.

À ce sujet, Stéphane Lalande réplique que les actions de la Ville n’ont rien à voir avec le fait que la valeur des terres a augmenté. Selon lui, ce sont plutôt les acquisitions effectuées par d’autres producteurs agricoles qui en sont la cause. Il ajoute aussi que pour minimiser l’impact du nouveau rôle d’évaluation foncière auprès des producteurs agricoles, les taxes ont été ajustées. Quant au prix qui sera demandé une fois un premier site remembré, il explique : « Nous n’avons pas acquis tous les lots au prix que nous payons aujourd’hui. Nous allons faire une moyenne afin que les producteurs intéressés puissent les acquérir. »

Un premier remembrement est-il possible en 2020 ? « Nous avons grand espoir pour l’un de nos sites, mais cela va dépendre des réponses que nous allons obtenir des propriétaires et des démarches à faire auprès de la Commission de la protection du territoire agricole », conclut Stéphane Lalande.