Les entrepreneurs du secteur des sciences de la vie jouent des coudes pour obtenir une place au Centre québécois d’innovation en biotechnologie (CQIB), l’incubateur spécialisé de la Cité Biotech à Laval. Sitôt un espace libéré, il trouve preneur. Et parfois, on vient d’aussi loin que des États-Unis pour mettre la main sur l’une de ses paillasses.

Martin Primeau, Collaboration spéciale Martin Primeau, Collaboration spéciale
La Presse

C’est justement le cas d’Azitra, une entreprise du Connecticut qui a élu domicile au CQIB en mai dernier. La PME y a installé son équipe de chimie analytique pour accélérer le développement de ses traitements en dermatologie. Elle cherche entre autres à commercialiser un onguent renfermant des bactéries naturellement trouvées sur la peau, mais qui produiraient une protéine thérapeutique pour réduire les symptômes de patients atteints d’une maladie génétique qui cause l’inflammation de la peau.

Roger Léger, vice-président, chimie et développement des formulations chez Azitra, dirige les activités de l’équipe de trois chercheurs. Fort d’un parcours de 25 années dans le milieu des biotechnologies, il sait apprécier la proposition du CQIB. « D’autres endroits au Québec nous offraient de bons prix, confie-t-il, mais c’est ici qu’on retrouve le plus d’équipements disponibles. »

Le chimiste souligne aussi l’accès aux crédits d’impôt québécois et aux programmes de subventions canadiens comme facteurs qui ont amené son entreprise à ouvrir une station satellite à Laval. « En plus, il y a une abondance de bons chercheurs ici grâce aux quatre universités de la région », ajoute-t-il.

Comme à San Francisco

Domenico Fuoco peut aussi en témoigner. Le pharmacien de formation derrière Smart Medicine était seul avec son projet à son arrivée au CQIB en 2016. Aujourd’hui, il dirige une équipe de 13 employés et vient d’inaugurer une usine de formulation de produits pharmaceutiques à quelques kilomètres de l’incubateur.

« Mon passage ici a été fondamental dans cette réussite, avoue l’Italien d’origine. Ici, on apprend en côtoyant d’autres start-up et, en plus, on est appuyés par tout le parc scientifique. » Selon lui, l’écosystème d’entreprises qui s’est formé à Laval en bordure ouest de l’autoroute 15, baptisé la « Cité de la Biotech », n’a rien à envier à ce qui se fait ailleurs.

J’ai fait beaucoup d’affaires sur la côte ouest des États-Unis. Ici, c’est comme être dans un parc industriel de San Francisco.

Domenico Fuoco, en parlant de la « Cité de la Biotech » à Laval

Plus de 1000 emplois

En bientôt 25 ans d’activité, le CQIB a vu passer 70 entreprises qui ont généré 500 millions de dollars en investissements, en plus de créer plus de 1000 emplois. Des entreprises comme Bio-K+ et Cirion sont notamment passées par ses laboratoires avant de s’enraciner ailleurs à Laval ou dans la région de Montréal.

Selon Perry Niro, directeur général du CQIB, ce succès vient en partie de la diversification des projets couvés par l’incubateur. En plus de recevoir des entreprises en démarrage, l’endroit accueille des divisions d’entreprises ainsi que des projets que celles-ci souhaitent accélérer.

« Cette année, on a aussi lancé un espace laboratoire de coworking où on loue au mois, confie M. Niro. Ça permet à ceux qui commencent d’être rapidement en opération. »

C’est peut-être là la seule option qui reste pour obtenir un espace au CQIB puisque la dizaine de laboratoires de l’incubateur sont actuellement tous occupés par 17 entreprises. « La demande dépasse l’offre », admet M. Niro.