Pour relever les défis économiques actuels, les entreprises lavalloises se tournent vers les nouvelles technologies, mais aussi vers une ressource qu’elles avaient peut-être négligée par le passé : les entreprises voisines.

Etienne Plamondon Emond, Collaboration spéciale
La Presse

Rose-Marie Di Rosa, présidente de Comptoirs Lamnex, vient de faire réaliser un diagnostic de son entreprise pour prendre le virage 4.0. La raison ? Ses 35 employés font déjà des heures supplémentaires et le recrutement demeure difficile avec la pénurie de main-d’œuvre. « J’ai dû arrêter une partie du développement des affaires pour me concentrer sur les ressources humaines », explique celle qui est à la tête de cette PME lavalloise spécialisée dans les comptoirs.

Un constat qui frappe

Durant la dernière année, selon les données de Statistique Canada au deuxième trimestre de 2019, Laval est la région qui a enregistré le taux de croissance du nombre de postes vacants le plus élevé au pays. Rose-Marie Di Rosa tentait d’abord de gérer la situation elle-même, car les acteurs du secteur manufacturier de l’île Jésus, même s’ils composaient avec le même problème, se parlaient peu.

La dynamique a changé en début d’année 2019, lorsque la Chambre de commerce et d’industrie de Laval (CCIL) a officiellement lancé Prox-Industriel. Ce collectif d’entreprises manufacturières, de distributeurs et de grossistes de Laval souhaite entre autres inciter ceux-ci à se rencontrer pour s’approvisionner les uns les autres. « Certains articles [que ces entreprises] auraient pu acheter ou services qu’elles auraient pu obtenir se trouvaient dans le voisinage, mais elles ne les connaissaient pas », explique Yves D’Astous, président du conseil d’administration de Prox-Industriel. Mais ce regroupement, qui compte une centaine de membres, joue un plus grand rôle. 

On a des enjeux communs, comme les ressources humaines, puis on essaie de trouver des solutions de manière collective.

Yves D’Astous, président du conseil d’administration de Prox-Industriel

L’union fait la force

Par l’entremise de ce réseau, Rose-Marie Di Rosa a participé à des réunions au sujet du recrutement, mais aussi de l’industrie 4.0. Elle a croisé des entreprises voisines qui lui ont fait part de leur expérience d’implantation d’une nouvelle technologie, ainsi que des représentants d’Investissement Québec et de la Banque de développement du Canada, partenaires de Prox-Industriel. Ce fut le déclic qui l’a orientée vers ce virage numérique. « Tu sais qu’il y a des moyens de le faire, car tu es entouré de ces gens qui vont t’aider », dit-elle.

L’industrie 4.0 occupera probablement une place de choix dans la future planification stratégique de Développement économique Laval, dont l’élaboration constitue le premier mandat de sa nouvelle directrice générale, Lidia Divry. « Ma déformation professionnelle va faire en sorte que je vais vouloir creuser davantage en matière de technologies en lien avec d’autres secteurs d’activité, notamment pour augmenter l’innovation et la productivité dans les entreprises manufacturières », dit-elle.

Avant son entrée en poste en septembre dernier, elle a été pendant neuf ans directrice générale de la grappe TechnoMontréal. C’est d’ailleurs à ce titre qu’elle avait travaillé sur l’implantation en 2018 du Centre québécois d’innovation en commerce (CQIC) à Laval. « Dès le départ, on voulait mettre en commun des entreprises en technologie avec celles en commerce », souligne-t-elle à ce sujet. Pour la ville, ce secteur s’avère tout aussi capital, puisque l’industrie du commerce de gros et de détail représente 27 % des emplois de son territoire.

Comme Prox-Industriel vole désormais de ses propres ailes, la CCIL travaille maintenant à la création de Prox-Commerce. « On met nos efforts pour l’instant dans le secteur du sud du boulevard des Laurentides, près du métro Cartier, explique Michel Rousseau, président du C.A. de la CCIL. On regarde quelle formule on pourrait lui donner sur l’ensemble du territoire. »