Drummondville affirme ne pas être aussi touchée que les autres régions du Québec par l’actuelle rareté de main-d’œuvre. Pourquoi ? Parce qu’elle avait prévu le coup. L’un de ses secrets : elle a convaincu d’autres villes du Québec de faire front commun afin d’aller recruter des travailleurs à l’étranger. Résultat : elle poursuit sa croissance et parvient même à diversifier son économie.

Stéphane Champagne Stéphane Champagne
Collaboration spéciale

La Société de développement économique de Drummondville (SDED) possède une équipe de choc consacrée au recrutement de la main-d’œuvre à l’international. Sept personnes, dont une avocate spécialisée en immigration, y travaillent à plein temps.

Pour pouvoir s’offrir un tel service, malgré sa taille relativement modeste, Drummondville s’est associée à une dizaine de villes au Québec, dont Acton Vale, Granby, Rouyn-Noranda, Saguenay et Victoriaville.

« On est en avance sur plusieurs régions. On travaille ensemble, et c’est comme ça qu’on va gagner », explique Martin Dupont, directeur général de la SDED. Et est-ce que ça fonctionne à ce jour ? « Au boutte », dit celui qui se consacre au développement économique depuis 32 ans.

En six ans, Drummondville a mené 8 missions en Tunisie et 22 à Paris. Cela a permis de pourvoir près de 300 postes. Avec ses villes partenaires, elle prévoit recruter autant de travailleurs outre-mer dans les deux prochaines années.

Le recrutement et la disponibilité de la main-d’œuvre sont actuellement les principaux défis de Drummondville, affirme le maire, Alexandre Cusson. D’ailleurs, comme c’est le cas ailleurs au Québec, certains manufacturiers de Drummondville remettent à plus tard leurs projets d’investissement, et des restaurateurs doivent réduire leurs heures d’ouverture à défaut de trouver des travailleurs.

PHOTO PATRICE LAROCHE, ARCHIVES LE SOLEIL

Le recrutement et la disponibilité de la main-d’œuvre sont actuellement les principaux défis de Drummondville, affirme le maire, Alexandre Cusson.

Avant, les entreprises désireuses de venir s’établir ici nous demandaient le prix des terrains et le taux de taxation. Aujourd’hui, elles me demandent plutôt s’il y a des employés disponibles et si on va les aider à recruter de la main-d’œuvre.

Alexandre Cusson, maire de Drummondville

Investissement et diversification

L’économie de Drummondville demeure en effervescence, rappelle Martin Dupont, de la SDED. En 2018, les manufacturiers ont investi 202 millions de dollars, ce qui porte à 1 milliard les investissements totaux dans le secteur depuis cinq ans.

Les bonnes nouvelles se succèdent également. Une usine de nourriture pour chats et chiens sera prochainement construite. Ce projet de 45 millions est entre autres piloté par la famille derrière la chaîne de boutiques pour animaux Mondou.

Le Groupe CGI a quant à lui choisi Drummondville pour y établir un nouveau centre de développement pour le marché international. Pour le moment, 100 personnes y travaillent, mais CGI prévoit en embaucher 200 autres.

L’arrivée de cet acteur mondial de services-conseils en technologies de l’information (TI) et en intégration de systèmes est un cadeau pour Drummondville, qui vise justement à diversifier son économie.

« On travaille sur la tertiarisation de notre économie, dit Martin Dupont. L’intelligence artificielle, les services de logistique pour la vente en ligne : il y a toute une filière à combler dans la tertiarisation. Drummondville a tout ce qu’il faut dans son coffre pour que ça fonctionne. »

« On veut reproduire le succès qu’on a dans le manufacturier, mais cette fois dans le tertiaire, ajoute le maire Cusson. L’objectif n’est pas d’attirer les sièges sociaux des banques, mais de développer des outils pour soutenir nos entreprises manufacturières et commerciales. »

Drummondville compte 78 000 habitants. En août 2019, son taux de chômage était de 4,5 %. Le secteur manufacturier représente à lui seul près de 35 % des emplois.