En plus de la qualité des infrastructures de mobilité durable présentes, des facteurs psychologiques jouent un rôle lorsque quelqu’un continue d’utiliser sa voiture en solo. C’est ce qu’étudie Jérôme Laviolette, doctorant à Polytechnique Montréal en génie des transports, une branche du génie civil.

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

Prenons l’exemple de deux familles avec un profil socioéconomique semblable du même quartier, qui ont donc accès aux mêmes options de mobilité. L’une possède une voiture avec laquelle elle réalise pratiquement tous ses déplacements. L’autre a opté pour une solution multimodale, allant du vélo aux transports collectifs, en passant par la marche et les services d’autopartage. Comment expliquer ces deux comportements opposés ? C’est là qu’entre en jeu la question de la perception.

« Par exemple, l’industrie automobile fait beaucoup de publicité, notamment pour vendre l’idée que posséder une voiture représente la liberté et cela peut avoir un impact sur les gens, même si c’est paradoxal puisqu’il n’y a plus vraiment de liberté lorsque la voiture reste prise dans la congestion routière », remarque Jérôme Laviolette, rencontré un midi animé à Polytechnique Montréal.

D’autres craignent que les transports collectifs soient trop compliqués, ou le vélo trop dangereux.

« Les infrastructures ont beau être en place, si une personne ne sait pas comment elles fonctionnent, ou qu’elle a peur, elle ne les utilisera pas », affirme le résidant de Villeray qui se déplace à vélo, été comme hiver.

Son objectif est donc de mieux comprendre les barrières psychologiques à l’abandon de l’auto en solo pour les abaisser. Par exemple, grâce à des campagnes de visibilité qui cibleraient différents segments de la population pour les solutions de rechange à la voiture en solo alors que plusieurs grands projets verront le jour à Montréal dans les prochaines années, comme le REM, le SRB Pie-IX et le Réseau express vélo.

Approche interdisciplinaire

Un étudiant en génie qui s’intéresse à la psychologie ? Oui, c’est surprenant !

« Mais, en même temps, les infrastructures conçues par les ingénieurs affectent nécessairement les comportements », affirme-t-il.

Pour mieux comprendre comment les gens font leurs choix, c’est bien de combiner différentes approches, comme celles du génie et de la psychologie. Il faut briser les silos et travailler avec différents domaines d’expertise pour avoir un maximum d’impact sur les problèmes complexes.

Jérôme Laviolette

C’est après une mission industrielle dans le domaine de l’énergie au Royaume-Uni et en Irlande avec l’initiative Poly-Monde que Jérôme Laviolette a proposé un projet sur l’enjeu de l’attachement psychologique à la voiture en solo à la Fondation David Suzuki. C’était une recommandation de sa directrice de maîtrise, Catherine Morency, professeure titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la mobilité des personnes à Polytechnique Montréal. Il est ainsi devenu boursier en transports et changements climatiques à la Fondation, un mandat qui prend fin dans quelques jours.

Réalisant qu’il y a encore beaucoup de travail à faire sur ce sujet, il poursuit maintenant ses efforts au doctorat, dirigé par Catherine Morency et Owen Waygood, professeur à Polytechnique Montréal spécialisé dans le comportement de transport.

C’est à sa deuxième année de baccalauréat en génie civil que Jérôme Laviolette, 28 ans, a réalisé qu’il se passionnait davantage pour les comportements humains que pour le béton. Et c’est sur le terrain, dans les gouvernements, les sociétés de transport ou les organismes actifs en mobilité que celui qui s’est aussi impliqué dans son association étudiante souhaite faire une différence.