Le marché canadien des fonds négociés en Bourse (FNB) et le nombre de fournisseurs grandissent depuis quelques années. Et certaines tendances sont maintenant solidement ancrées. Entre autres, le marché est accaparé par quelques gros fournisseurs, et de plus en plus de fonds thématiques et à gestion active pénètrent le marché. Est-ce souhaitable pour les investisseurs ? Avis d’experts.

Jean Gagnon Jean Gagnon
Collaboration spéciale

Plus de fonds et de fournisseurs

Il existe maintenant entre 725 et 800 FNB canadiens, selon la façon dont on regroupe certains fonds. On prévoit qu’il y en aura 1000 à la fin de 2020. Environ la moitié des fonds ont été créés par les quatre principaux manufacturiers (ils sont 37 au total), soit BlackRock Canada, BMO Asset Management, Vanguard Canada et Horizon ETFs. Les actifs sous gestion totalisent aujourd’hui 185 milliards de dollars, et 70 % de cet argent se retrouve dans les fonds des quatre grands manufacturiers. La croissance des FNB ne s’arrêtera pas là, avance Alain Desbiens, directeur de FNB BMO. Selon une étude de la BMO, les actifs sous gestion vont plus que doubler d’ici 2024 et atteindront alors 400 milliards.

La vocation des FNB change-t-elle ?

Bien que conçus à l’origine pour reproduire le rendement des indices boursiers ou obligataires, les FNB ont pénétré de façon significative le domaine de la gestion active, celui du bêta judicieux et de l’investissement thématique. Le mouvement est bien en marche, même si 17 des 20 plus gros FNB sont encore des fonds indiciels, note Alain Desbiens. Et il ne semble pas y avoir de limite à la nouveauté. À preuve, la Banque Nationale lançait en février quatre nouveaux FNB en gestion active. L’un d’entre eux porte sur des stratégies propres aux placements alternatifs (hedge funds), qui consistent à fournir des rendements non corrélés aux indices, explique Terry Dimock, gestionnaire de portefeuille en chef chez BNI.

Gestion active et sectorielle

Une réglementation plus souple favorise l’éclosion de FNB à gestion active au Canada, contrairement aux États-Unis, indique Ian Gascon, président de Placements Idema, firme de gestion de portefeuille qui se spécialise dans les FNB. « La structure du marché canadien permet la multiplication de ces fonds et l’industrie mise beaucoup sur les stratégies sectorielles », dit-il. Mais attention, car ce phénomène comporte un danger, selon lui. Pour créer ces fonds et en faire la mise en marché, les fournisseurs s’appuient surtout sur les facteurs qui ont bien fonctionné dans le passé. Mais on sait que les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs. Si la performance n’est pas au rendez-vous, on reviendra rapidement vers les fonds indiciels, selon Ian Gascon.

Les gros vendeurs

L’appétit pour les placements indiciels, alimenté par de grosses pointures du secteur de la gestion de portefeuille tel Warren Buffett, était grand et l’industrie des FNB en a bien profité. Maintenant, c’est la gestion active qui gagne en cadence, souligne Terry Dimock. Et les FNB visant à profiter de cette tendance arrivent sous diverses formes. Les investisseurs désirant de plus en plus de revenus ont déversé leurs liquidités entre autres vers les FNB d’actions couvertes, où des options sur les titres détenus en portefeuille sont vendues afin d’augmenter le rendement. « Ces fonds sont de gros vendeurs », note Alain Desbiens. Les FNB de bêta judicieux qui utilisent une méthodologie de pondération différente se vendent également très bien.

Divergence entre les FNB d’actions et d’obligations

Bien que cela étonne compte tenu de la performance enviable des Bourses en général, les FNB d’actions subissent des retraits depuis déjà quelque temps. Le FNB XIU, qui reproduit l’indice S&P/TSX et qui est le plus gros FNB au Canada, est en rachat net depuis le début de l’année, signale Alain Desbiens. Alors que les taux d’intérêt sont à des niveaux très bas, l’argent continue de se déverser dans le FNB d’obligations. Le phénomène s’expliquerait ainsi : ce ne sont pas les individus qui sont responsables de cet état de fait, mais plutôt les institutions, telles les compagnies d’assurance et les caisses de retraite, qui ont besoin de ces actifs obligataires aux fins d’arrimage de leurs obligations contractuelles.