Les coopératives n’échappent pas à l’enjeu crucial de la main-d’œuvre. Voilà pourquoi elles s’apprêtent à regrouper leurs forces, région par région, pour recruter du personnel non seulement localement, mais également à l’étranger.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

« C’est un gros dossier, concède Gaston Bédard, PDG du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM). Nous voulons nous donner les moyens de recruter des employés qualifiés et de les maintenir en emploi. »

Il parle de « mutualisation des ressources », d’un programme novateur à l’intention des petites entreprises pour leur donner les outils afin d’« agir et se regrouper, dans le respect de leurs missions respectives ».

« On comprend qu’une entreprise de 15 employés n’a pas les ressources nécessaires pour participer à des missions à l’international afin de recruter de la main-d’œuvre, soulève-t-il. Avec le programme que nous allons mettre en place, nous croyons être en mesure d’apporter des solutions concrètes. »

Nous favoriserons la création de petites coopératives destinées au développement de la main-d’œuvre, dans tous les coins du Québec. Ça se fera à Trois-Rivières, à Drummondville, à Saguenay, à Québec, et même à Montréal. Chaque région aura son mot à dire, à sa manière.

Gaston Bédard, PDG du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité

Une pépinière

Chose certaine, les coopératives québécoises sont sur une lancée, assure le PDG du CQCM, qui énumère de nombreux exemples de réussites d’affaires.

Parmi celles-ci, la coopérative ConduiPro, qui compte 33 propriétaires représentant 60 écoles de conduite. « C’est avec un partage d’expertises qu’on peut faire évoluer nos entreprises », dit Gaston Bédard à propos de cette coopérative, « et ainsi éviter qu’elles ne soient avalées par de gros acteurs ».

Ce que confirme Réjean Blais, directeur général de la coopérative créée en 1987, et dont il a été l’un des membres cofondateurs.

« Nous avons créé notre coopérative après avoir envisagé plusieurs scénarios, diverses façons de faire, explique-t-il après coup. Avant de prendre cette décision, nous avons écarté le modèle d’une entreprise franchisée, qui impose des redevances mensuelles et annuelles sur les revenus [de l’école de conduite]. Il valait mieux adopter le modèle d’une coopérative, où on propose à nos membres une tarification uniforme pour toutes les écoles. »

Il insiste sur le développement de la coopérative, qui s’appuie sur la crédibilité et dans le respect des règles d’éthique au sein d’une industrie où la qualité de l’enseignement demeure inégale au Québec.

« Et nous avons l’intention de recruter en 2020 de nouvelles écoles dans des régions où nous ne sommes pas présents, y compris dans la région de Montréal, où certaines écoles sont en difficulté », précise-t-il.

En vertu de la Loi sur les coopératives, un membre ne peut siéger plus de quatre ans au conseil d’administration. C’est une bonne chose. Ça nous permet d’avoir du sang neuf et d’amener de nouvelles idées.

Réjean Blais, directeur général de ConduiPro

Un modèle unique ?

Chose certaine, relève Gaston Bédard, le modèle québécois des coopératives demeure unique.

« Le Québec, c’est petit, avec 8 millions d’habitants, dit-il. En dépit de notre faible poids démographique, nous sommes perçus comme une pépinière d’idées nouvelles, un lieu très créatif, tant au Canada et en Amérique du Nord qu’ailleurs dans le monde.

« Nous tâchons d’être avant-gardistes. La mutualisation des services en est un exemple », ajoute-t-il.

Il croit par ailleurs que le modèle coopératif est appelé à se développer davantage dans un environnement économique où, constate-t-il, le modèle traditionnel montre des signes d’essoufflement.