Les coopératives gérées par les travailleurs sont en progression au Québec depuis quelques années. Le modèle permet l’éclosion d’entreprises prisées des jeunes entrepreneurs. C’est le cas de Mélissa de La Fontaine, 31 ans, d’Amélie Côté, 35 ans, et de Laure Caillot, 39 ans, qui viennent de plonger tête première dans l’aventure de la coopérative de travail. 

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

« Nous avons toutes les trois une conscience citoyenne, une sensibilité pour les questions environnementales, et avons, chacune de notre côté, adopté le mode zéro déchet depuis nombre d’années », explique Amélie Côté.

Les trois complices sont à la barre d’Incita, coop-conseil zéro déchet qui a vu le jour le 8 mars 2019. La coopérative compte en outre une collaboratrice et deux membres auxiliaires, toutes des femmes.

« Notre mission consiste à accompagner et à outiller les organisations, que ce soient des villes, des municipalités, des entreprises, dans les transitions zéro déchet », explique-t-elle.

Parmi les projets réalisés jusqu’à présent : le défi zéro déchet dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie consistant à « accompagner » une cinquantaine de foyers pendant huit mois afin qu’ils adoptent des attitudes de réduction à la source.

Nous sommes une coopérative à but lucratif, mais notre but n’est pas d’être riches, mais de vivre bien, avec une qualité de vie, des semaines de travail de quatre jours. Nous ne voulons pas dépendre du financement [public], mais toucher des revenus autonomes tirés de nos services-conseils.

Amélie Côté, cofondatrice de la coop-conseil Incita

Les trois dirigeantes de la petite coopérative ne cachent pas que les défis demeurent nombreux pour faire face aux enjeux environnementaux. « Mais on sent une plus grande ouverture, un intérêt [des entreprises et des municipalités] à agir pour améliorer leurs pratiques, par des plans d’action dans la gestion des matières résiduelles, notamment », souligne Amélie Côté.

Un modèle à promouvoir

Il serait souhaitable que le gouvernement injecte plus de fonds pour faire la promotion des coopératives de travailleurs, affirme Isabel Faubert Mailloux, directrice générale du Réseau COOP. « Le Québec compte d’ailleurs autant de coopératives de travail [plus de 200] que dans le reste du Canada. C’est dire combien nous sommes en avance dans ce créneau. On croit que si ce modèle était mieux expliqué aux travailleurs, il prendrait encore plus d’ampleur. C’est stimulant de faire des affaires ensemble, avec un mode de gestion démocratique équitable dans la distribution des profits », dit Mme Faubert Mailloux.

Entrepreneuriat social

Depuis quelques années, Isabel Faubert Mailloux dit observer l’émergence d’une vague d’entrepreneurs sociaux – surtout chez les jeunes – qui remettent en question l’entrepreneuriat classique. « À vrai dire, les milléniaux croient à une forme d’entrepreneuriat qui a du sens. Ils réalisent qu’ils peuvent participer activement au démarrage d’une entreprise regroupant plusieurs partenaires, tout en ayant leur mot à dire dans la prise de décisions. Il faut comprendre que [les paramètres] d’une coopérative de travailleurs sont balisés par une loi spécifique qui va assurer une gestion démocratique et un partage équitable des excédents en fonction du temps de travail investi. » Une force d’attraction très forte auprès des jeunes générations, selon elle.