Bien malin celui qui peut prétendre prédire l’avenir. Toutefois, gouvernements, établissements de formation et experts du domaine du recrutement scrutent attentivement l’évolution du marché du travail pour avoir une bonne idée de ce qui s’en vient. Voici trois grands domaines où les professions devraient toujours être très demandées dans 10 ans, même si elles risquent de se transformer.

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

L’informatique

Depuis des années, les professionnels du secteur de l’informatique, que ce soient les programmeurs, les gestionnaires de systèmes, les analystes de données ou les spécialistes de la sécurité informatique, se font rares au Québec, considérant les besoins. Et, d’après le site du gouvernement du Québec emploisdavenir.gouv.qc.ca, ces professions demeureront des valeurs sûres. « La pénurie est criante en informatique et avec le vieillissement de la population, ça ne s’améliorera pas », affirme François Matte, directeur général de Groupe Perspective, une firme de recrutement installée à Québec, Lévis et Montréal. Il prédit aussi une grande évolution dans le domaine. « La première génération de professionnels en informatique a déjà souvent de la misère à suivre le rythme des avancées, précise-t-il. Ils doivent être de plus en plus agiles et se renouveler continuellement. »

Le génie

Le gouvernement du Québec prévoit aussi que la demande sera encore très élevée dans le domaine du génie, particulièrement pour les ingénieurs logiciels, électriciens et électrotechniciens. Ils sont très sollicités actuellement, notamment dans le domaine des télécommunications avec les grands besoins créés par le développement du réseau 5G, l’internet des objets et le virage vers l’industrie 4.0. « Alors que l’automatisation et l’intelligence artificielle feront disparaître bien des métiers dans l’industrie lourde et manufacturière, on aura besoin de beaucoup d’ingénieurs en coulisse pour faire fonctionner tout ça, explique François Matte. Par contre, je crois qu’il faut réfléchir comme société à ceux qui n’auront pas accès à ce niveau d’éducation et qui risquent d’être laissés pour compte dans cette transformation du marché du travail. »

Santé et services sociaux

Avec le vieillissement de la population, la société québécoise aura bien sûr toujours un grand besoin d’infirmiers, de médecins, de pharmaciens, d’audiologistes, d’optométristes, etc. « Il faudra toujours prendre soin de nos gens, mais il ne faut pas sous-estimer comment ces professions se transformeront, affirme François Matte. L’intelligence artificielle est en train de révolutionner le diagnostic, notamment. On peut se demander si on aura encore besoin de voir un médecin pour diagnostiquer un problème simple, comme une otite, ou si une machine pourra le faire rapidement à la pharmacie. »

Beaucoup d’incertitude

François Matte remet toutefois en doute certaines prévisions réalisées par le gouvernement du Québec sur ce site. Comme la présence de l’adjoint administratif dans les professions d’avenir. « En ce moment, c’est vrai que ces postes sont difficiles à pourvoir parce qu’on est très exigeant avec ces personnes qui sont souvent la pierre angulaire d’un bureau, précise-t-il. Mais, je crois que les adjoints sont appelés à disparaître en raison du développement des outils informatiques qui facilitent la communication et la planification. » Toutefois, pour l’expert du recrutement, on doit tous se préparer à rebondir. « On ne peut pas prévoir précisément les professions d’avenir, mais on sait assurément que la réalité d’aujourd’hui est appelée à changer, précise-t-il. Bien des gens ne devront plus seulement faire de la formation continue, mais ni plus ni moins que de repartir à zéro. »

Québec investit pour mieux répondre aux besoins

Pour amener le Québec à s’adapter au marché du travail en évolution rapide, différentes initiatives ont été prévues dans le nouveau plan d’action pour la main-d’œuvre du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale. Plus de 30 millions supplémentaires pour un total de plus de 100 millions seront investis en 2019-2020 pour soutenir la formation des employés dans les entreprises. Le plan d’action prévoit aussi diffuser de l’information aux jeunes et aux personnes sans emploi pour les aider à s’orienter vers les métiers et professions d’avenir. Ces mesures sont prévues dans l’initiative Chantier des compétences du plan qui vise à rehausser le savoir-faire dans la province alors que 53 % des Québécois ont un faible niveau de littéracie.