Elle semble si loin derrière nous que plusieurs investisseurs ont oublié la crise financière de 2008, qui a entraîné les marchés boursiers dans une spirale à la baisse, dégonflant de moitié la valeur de certains indices. Mais 10 ans plus tard, de nombreux experts montrent du doigt la volatilité des marchés, les guerres de tarifs et les dangers de récession, et mettent en garde contre le risque d’une nouvelle crise. Seriez-vous prêt à l’affronter ?

Jean Gagnon Jean Gagnon
Collaboration spéciale

On oublie le danger

Après plusieurs années de hausse des marchés boursiers, et par surcroît lorsque les taux d’intérêt sont très bas, on veut détenir plus d’actions, car l’attrait du rendement devient de plus en plus irrésistible, explique Richard Guay, professeur de finance à l’UQAM et ex-dirigeant de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

« On oublie d’évaluer l’ampleur du risque », dit-il. Pour y remédier, il faut demander à votre conseiller de vous fournir un exemple de ce à quoi vous aurez à faire face en cas de nouvelle crise sur les marchés. Si la valeur de votre portefeuille de fonds communs se voyait soudainement amputée de 30 %, est-ce que la panique s’emparerait de vous et vous amènerait à vendre des actions le plus rapidement possible et sans discernement ? Si oui, c’est que vous avez surévalué votre tolérance au risque et que vous détenez trop d’actions. « Il serait sage d’en vendre un peu dès maintenant », suggère Richard Guay.

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Richard Guay, professeur de finance à l’UQAM et ex-dirigeant de la Caisse de dépôt et placement du Québec

Pour garder la tête froide

Il est remarquable de constater à quel point le degré d’optimisme des investisseurs est élevé lorsque les marchés boursiers voguent de sommet en sommet. Plusieurs enquêtes menées par des organismes reconnus et dont les résultats sont accessibles au grand public le confirment éloquemment, selon Richard Guay. La conclusion est qu’il est très difficile de garder la tête froide et de ne pas se précipiter pour acheter lorsque le sentiment des investisseurs est à son paroxysme, ou de vendre lorsque les cours ont baissé de façon draconienne et que le sentiment est extrêmement négatif. La façon de combattre cette erreur est de se questionner sur les facteurs fondamentaux qui justifient la hausse ou la baisse, tels l’état de l’économie et les bénéfices des sociétés, suggère M. Guay. « On a généralement constaté par le passé que, lors des sommets du marché boursier, les facteurs fondamentaux ne justifiaient plus le niveau qu’avait atteint le marché », rappelle-t-il.

Doit-on s’inquiéter maintenant ?

Faut-il s’inquiéter du niveau actuel des marchés boursiers ? Pas trop, selon Martin Lefebvre, chef des placements et stratège chez Banque Nationale Investissements. « Généralement, la volatilité augmente de façon matérielle lorsque nous arrivons à une fin de cycle économique », dit-il. Mais pour qu’un cycle prenne fin, certaines conditions doivent être réunies. D’abord, la politique monétaire doit être restrictive. Les taux d’intérêt sont alors trop hauts et l’inflation est élevée. N’en déplaise au président Trump, qui exige du président de la Réserve fédérale qu’il baisse les taux d’intérêt, ce n’est pas encore le cas, selon Martin Lefebvre. Il faut aussi généralement que se produise un choc qui viendra ébranler complètement la confiance autant des investisseurs que des consommateurs. Une guerre commerciale pourrait entraîner un tel choc, mais nous n’y sommes pas encore, selon lui.

Conserver des munitions

Pas facile de naviguer dans le temps à travers les aléas des marchés. Mais il existe des moyens de tirer avantage de la volatilité des marchés, explique Tarik Haned, directeur d’équipe en planification financière chez Desjardins. D’abord, il vous faut maintenir des liquidités qui seront déployées conformément à votre répartition d’actifs lorsque les marchés auront reculé de façon importante. Ces liquidités peuvent représenter de 5 % à 15 % de la valeur du portefeuille, selon M. Haned. Il suggère également de ne pas tout investir au même moment afin de répartir le risque. Et cela vaut autant pour les contributions à votre portefeuille que pour le réinvestissement des liquidités mises de côté en vue des corrections de marché.