Préparer la relève au sein d’une entreprise familiale, ça ne se fait pas en criant ciseaux. François Alepin, président du cabinet d’avocats Alepin Gauthier, l’a très bien compris. Il nous raconte comment il y est parvenu. Marche à suivre.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

Ce n’est pas toujours facile de laisser à ses enfants une entreprise qu’on a créée. Quelle a été votre approche pour assurer une transition sans heurts ?

Ça fait déjà six ans que Maxime (31 ans et nouvellement élu bâtonnier du Barreau de Laval), et Chanel (29 ans) sont dans l’entreprise. Avec leur mère [Brigitte Gauthier], mon associée, on a vu à ce qu’ils prennent de plus en plus de responsabilités, au fur et à mesure qu’ils progressaient au sein du cabinet.

Vous dites que vous avez créé un comité de gestion pour leur permettre de jouer un rôle encore plus actif dans la prise de décisions ?

Oui, et ç’a été une bonne chose. On les a mis dans l’action : consultation des registres, négociation du bail, évaluation du rendement des avocats, embauche des employés, facturation, administration… Il faut comprendre, également, que céder un cabinet d’avocats, ce n’est pas comme transférer une épicerie à ses enfants : un tel transfert est régi par le Code des professions, il y a des règles à suivre.

Quelle est la dynamique au sein de l’entreprise, maintenant que les employés savent que vos enfants vont devenir les prochains patrons ?

Ça se passe très bien ! Nos plus vieux avocats – qui sont avec nous depuis plus de 25 ans – nous rappellent qu’ils ont vu nos enfants aux couches, et que maintenant, ils vont se faire diriger par eux ! Mais nos enfants sont prêts. Nous avons, mon associée et moi, toujours insisté pour qu’ils deviennent d’abord de très bons avocats avant d’espérer diriger l’entreprise.

Comment vos enfants envisagent-ils les prochaines années ?

À vrai dire, ils ne nous poussent pas dans le dos pour qu’on s’en aille ! Ils souhaitent qu’on reste avec eux le plus longtemps possible. Ça les sécurise, ils sont très respectueux. Sur cette question, je crois qu’on accorde trop d’importance quand vient le moment de déterminer une date en vue du transfert. Je ne tiens pas, et eux non plus, à ce qu’on fixe le moment précis où on leur remettra les clés du cabinet. C’est certain, toutefois, que le contrôle de l’entreprise se fera au cours des cinq prochaines années.

Mais une fois vos enfants bien installés, quel sera votre rôle, ainsi que celui de votre associée ?

J’ai 66 ans, j’aime encore mon travail. Et Brigitte est l’une des meilleures avocates au Québec en droit de la famille. Je prends les dossiers qui m’intéressent le plus, c’est un grand privilège de faire ce qu’on aime faire. Je continue de me passionner pour mon travail.

Et vos clients ? Comment voient-ils l’arrivée de vos enfants ?

Au Québec, il y a 27 000 avocats et, à Laval, nous sommes quelques milliers. Nous sommes un cabinet de taille moyenne. Nous parlons à nos clients, et nos clients savent que Maxime et Chanel seront les prochains dirigeants. Tout se fait dans l’ordre des choses. Et nous avons pu compter sur la bonne collaboration du Centre de transfert d’entreprise du Québec pour faciliter la transition.

Finalement, quelle a été votre meilleure décision depuis l’arrivée de vos enfants, en 2012 ?

Je ne voulais surtout pas leur donner une free ride ! [rires] Je voulais qu’ils commencent au bas de l’échelle. Au début, je les ai installés dans le plus petit bureau, ensemble, et ils ont touché le plus petit salaire ! Toutefois, avant de commencer à travailler dans notre entreprise, après leur bac en droit, on a tenu à ce qu’ils fassent leurs stages dans d’autres bureaux d’avocats afin qu’ils voient et vivent autre chose. Ils sont avec nous pour la suite des choses.

Alepin Gauthier en bref

Employés : 45

Secteurs-clés : droit de la famille, droit des affaires

Clientèle : PME et la famille

Année de fondation : 1978