Le marché immobilier est en effervescence et le prix des propriétés explose. Cela crée une pression supplémentaire sur les premiers acheteurs – les 25-39 ans – qui ont avantage à bien faire leurs devoirs avant d’arrêter leur choix sur la maison, ou le condo, de leurs rêves. Voici ce que tout acheteur inexpérimenté devait considérer avant de se lancer.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

Prendre le temps... mais pas trop !

« On ne le répétera jamais assez souvent : il faut prendre le temps de réfléchir avant d’agir ! », lance Jean-Marc Léger, courtier chez Via Capitale. Pour aider les premiers acheteurs à faire un choix éclairé, il demande au couple de donner, séparément, une note d’appréciation sur 10 après la visite d’une propriété. « C’est révélateur », observe-t-il. Sans chercher à freiner leur enthousiasme, il tient à leur rappeler que l’achat d’une maison, « ça ne doit pas se faire sous l’impulsion du moment ». Le courtier concède que le marché favorable aux vendeurs complique les démarches des premiers acheteurs « qui doivent faire vite tout en faisant le bon choix ».

Viser le moyen-long terme

« Il est important de savoir, avant d’acheter, pendant combien d’années on prévoit vivre dans la propriété convoitée, souligne pour sa part l’économiste Joanie Fontaine, chez JLR. On n’achète pas une maison dans le but de la revendre dans deux ans ! C’est une bonne chose d’avoir une perspective sur un horizon de cinq à dix ans. » Elle invite les jeunes acheteurs à ne pas croire que l’immobilier, « c’est toujours miraculeux, et qu’on va toujours nécessairement faire un coup d’argent à la revente. Il est vrai qu’à Montréal, le marché est en forte progression, mais en région, là où le bassin d’acheteurs est moins imposant, la réalité peut différer d’une région à l’autre », soumet-elle.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Il est préférable de finaliser les démarches de préqualification auprès de son banquier avant d’aller visiter des propriétés.

Avoir le feu vert de son banquier !

« Par les temps qui courent, on voit plusieurs dossiers d’acquisition qui ne passent pas l’étape du financement hypothécaire, constate le courtier Stéphane Levasseur. C’est frustrant pour les acheteurs qui en sont à leur première expérience et c’est décevant pour les vendeurs qui voient une occasion de conclure une transaction avorter. » D’où l’importance, voire la nécessité, de finaliser les démarches de préqualification auprès de son banquier, avec les documents en mains, avant même d’aller visiter des propriétés. Le courtier observe en outre que les prêteurs hypothécaires semblent avoir resserré leurs critères envers les travailleurs autonomes, dont les revenus ne sont pas toujours garantis.

Respecter la règle du 33 %

« Vaut mieux mettre moins de mise de fonds lors d’une demande de prêt hypothécaire et se garder une marge de manœuvre pour éviter de se retrouver dans le pétrin ! », suggère le courtier Raynald Demers, chez Century 21. À ses jeunes clients, il recommande en outre de respecter la « règle du 33 % ». « Le total des obligations hypothécaires ne doit pas dépasser 33 % du revenu brut », ajoute-t-il. Le courtier d’expérience constate que bon nombre de jeunes acheteurs « n’ont jamais tenu un marteau dans leurs mains » et pour ces raisons, selon lui, il vaut mieux acheter une maison clés en main plutôt qu’une propriété moins chère, mais qui exige d’importantes rénovations.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

En visitant le quartier à pied, on peut avoir de mauvaises (ou de bonnes) surprises dans le voisinage.

Se constituer un coussin pour les « au cas où »…

« Au-delà de la mise de fonds et de tous les frais associés à l’achat d’une première propriété (tondeuse, outils, etc.), les jeunes acheteurs ont avantage à se constituer un coussin pour disposer d’une marge de manœuvre en cas d’imprévus », expose le planificateur financier Sylvain de Champlain. Ce coussin devrait, selon lui, représenter l’équivalent de six mois de mensualités hypothécaires. « Il ne faut pas commettre l’erreur d’emprunter sur sa carte de crédit pour payer les dépenses courantes, et on sait qu’être propriétaire comporte des coûts », insiste-t-il. Des calculs sommaires lui permettent d’avancer qu’il en coûte de 5000 $ à 10 000 $ au cours de la première année d’installation dans la nouvelle propriété.

Ne pas avoir peur de poser des questions !

« Avant d’acheter, et plus particulièrement si on est un premier acheteur et qu’on n’a pas d’expérience en matière immobilière, il ne faut pas avoir peur de poser des questions à son courtier », suggère fortement Patric Lamarche, chez Royal LePage. La maison semble parfaite après l’avoir visitée ? « Pourquoi ne pas aller flâner dans le quartier pour vous familiariser avec le voisinage, le jour comme le soir ! », soumet-il. À ce propos, il recommande à ses clients de la visiter « plus d’une fois » avant de faire une offre d’achat. « Mais d’abord et avant tout, rappelle-t-il, il faut déterminer ses besoins. Veut-on une maison avec un garage ? Est-on prêt à acheter une reprise de finance ? Une maison sans garantie légale ? »

Aller au-delà des photos !

« Ce n’est pas trop que de consacrer quatre heures de son temps, chaque semaine, lorsqu’on amorce ses démarches pour devenir propriétaire pour la première fois, calcule Nathalie Clément, chez Via Capitale. Il ne faut pas se contenter de regarder les innombrables photos sur internet ! » La courtière immobilière constate toutefois que trop de jeunes acheteurs peuvent passer à côté d’une propriété qui pourrait leur convenir parce qu’ils se fient uniquement aux photos montrant les pièces de la propriété sous tous ses angles. « Il faut se rendre sur place pour aller visiter les propriétés, c’est la seule et unique façon de se faire une idée précise », ajoute-t-elle. Et il peut arriver, au cours de ces visites, que les acheteurs enthousiastes découvrent qu’il y a une station-service pas trop loin de la maison, ou plus inquiétant encore : deux énormes chiens dans la cour du voisin !