En théorie, les enfants atteints de scoliose doivent porter un corset orthopédique 23 heures par jour, afin de redresser leur colonne et de ralentir la progression de la maladie. Mais son apparence peu flatteuse et son inconfort découragent bien des patients à le porter. Le doctorant en génie biomédical Aymeric Guy souhaite leur offrir une meilleure solution en changeant son design et sa fabrication. Portrait.

Mis à jour le 21 janv. 2019
SAMUEL LAROCHELLE LA PRESSE

,Même si plusieurs centres de recherche dans le monde essaient eux aussi d'améliorer le produit, le Montréalais est persuadé que son projet se démarque. « On utilise beaucoup d'outils de simulation numérique et on travaille étroitement avec des chirurgiens reconnus du CHU Sainte-Justine, explique le boursier de l'Institut TransMedTech. En alliant nos expertises, on propose quelque chose d'unique. »

Le jeune homme de 25 ans parle avec confiance de son innovation. Cependant, il décrit son doctorat comme une épreuve. Complètement autonome pour la première fois, il ressent parfois le syndrome de l'imposteur. « Au doc, on est censé devenir un expert dans son milieu, mais on a toujours l'impression de ne pas en connaître suffisamment ou qu'une autre personne dans une situation semblable fait mieux que soi. »

Pourtant, le parcours d'Aymeric Guy est jalonné de succès. Fils d'un père français et d'une mère sud-coréenne, qui ont immigré au Québec avant sa naissance, il a étudié au baccalauréat en génie mécanique à Polytechnique Montréal. « Je voulais une formation générale pour me spécialiser plus tard. Au début, je m'intéressais beaucoup à l'aéronautique, mais je trouvais qu'on travaillait trop sur de petites parties d'un gros système. En biomédical, on est plus proche de la finalité, on peut interagir avec les patients et voir l'impact de notre travail. »

Il a ensuite pris la direction de l'EPFL, une école de génie située en Suisse, afin de réaliser l'équivalent d'une maîtrise. Au lieu d'étudier quatre ans à Poly, il a suivi un programme de trois ans à Montréal et de deux ans à Lausanne. « C'était vraiment cool ! C'est une grande école européenne super bien classée. » Intéressé par les neuroprothèses, il a fait son projet de fin d'études dans un laboratoire de Harvard, avant de travailler un an comme associé de recherche à l'Institut Wyss.

Retour aux sources

Quand est venu le temps de choisir l'établissement où il étudierait au doctorat, il est naturellement revenu vers ses premières amours. « J'ai considéré de rester aux États-Unis et de retourner en Suisse, mais je préfère l'atmosphère de Montréal et la façon de traiter les étudiants au doc à Polytechnique. » Il désirait également travailler avec le professeur Carl-Éric Aubin. « C'est un chercheur reconnu à l'international, qui est très rigoureux et qui donne beaucoup d'autonomie à ses étudiants. »

Très investi dans le développement de l'orthèse pour les patients atteints de scoliose, le doctorant croit qu'il faudra probablement cinq ans d'attente avant qu'elle soit accessible au grand public, au terme d'un long processus de régulations.

Il aimerait d'ailleurs s'impliquer dans la commercialisation du produit et entreprendre une carrière à cheval entre la recherche de pointe et les affaires. « Nous avons un plan pour obtenir la propriété intellectuelle de notre technologie, et ensuite signer un accord de commercialisation avec l'industrie ou lancer nous-mêmes une entreprise. À long terme, je me vois être en affaires avec ce projet ou un autre. »

Photo André Pichette, La Presse

Aymeric Guy, dans les labos de TransMedTech.