Qu'en est-il des retombées du développement au nord du 49e parallèle pour les communautés autochtones? Les interrogations et les craintes sont nombreuses.

Publié le 26 nov. 2012
Sophie Bernard, collaboration spéciale LA PRESSE

Le 19 novembre dernier, Matthew Coon Come, grand chef du Grand Conseil des Cris, et la première ministre Pauline Marois se sont rencontrés pour amorcer la mise en oeuvre de l'Entente sur la gouvernance dans le territoire d'Eeyou Istchee-Baie-James, un accord-cadre conclu sous le gouvernement de Jean Charest dans la foulée du Plan Nord.

«Les Cris avaient accepté de participer avec le gouvernement précédent, rappelle Matthew Coon Come. Avant tout développement dans l'exploitation des ressources naturelles, il faut travailler en coopération et en coexistence.

«Les Cris doivent être des participants réels et pour cela il faut une politique d'inclusion, ajoute-t-il. La nomination de Martine Tremblay à titre de négociatrice principale est un geste dans la bonne direction. Nous ne sommes pas contre le développement, nous avons déjà signé des ententes avec Goldcorp et Stoneway, par exemple.»

Accord de coopération

Annoncé en grande pompe, l'accord de coopération unique avec la Nation des Cris de Wemindji, le Grand Conseil des Cris et l'administration régionale crie dans le Nord-du-Québec avec la société minière Goldcorp, est considéré comme exemplaire.

«La première chose à savoir est que nous avions entamé les discussions avec la Nation des Cris un an avant, raconte Me John Paul Murdoch, associé au cabinet Morin Murdoch Archambault Avocats. Dès que la minière a fait part de son intérêt, le chef Rodney Mark a tout de suite affirmé qu'il ne voulait pas jouer à la victime. Le chef Mark voulait un projet qui ait des retombées pour sa communauté dans 10 ans, 20 ans.»

Les compensations versées au début d'un projet aux communautés sont rapidement dépensées pour les besoins les plus pressants de celles-ci. Lorsque la société minière plie bagage, il ne reste plus grand-chose de l'argent versé, une ou des décennies plus tôt. Pour Me Murdoch, signer une entente n'est que la première étape d'un long processus.

Des enjeux différents

La situation s'avère plus complexe qu'il n'y paraît. Si les Cris ont signé la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, les Innus, de leur côté, n'ont signé aucun traité.

Pour Mike McKenzie, vice-chef de la communauté Innue Takuaikan Uashat mak Mani-utenam, avant même de parler d'exploration et encore plus d'exploitation des ressources, un consensus de toute la communauté est nécessaire. «Nous travaillons actuellement sur notre propre plan d'aménagement du territoire, raconte Mike McKenzie. Actuellement, 28 sociétés font de l'exploration sur le territoire que nous revendiquons, sans que nous n'ayons jamais été consultés.»

Plus largement, pour les Innus, il en va de la conservation du territoire et de la préservation des espèces, mais aussi de la migration des outardes et de la contamination de l'eau. «Il ne s'agit pas d'une question d'argent, affirme Mike McKenzie. Nous voulons discuter de nation à nation.»