Dès l'été 2013, grâce à une entente conclue il y a deux mois entre la Ville de Rivière-du-Loup et Gaz Métro, les camions à ordures de la ville pourraient se mouvoir... grâce aux déchets!

Mis à jour le 13 sept. 2012
Guy Paquin, collaboration spéciale LA PRESSE

Le principe est simple: il s'agit d'abord d'extraire le méthane des déchets domestiques et commerciaux de Rivière-du-Loup, puis d'utiliser ce méthane pour faire rouler les camions.

Voici comment cela se passera. La Ville se dotera tout d'abord des installations nécessaires pour extraire le biogaz émanant des déchets urbains. Elle liquéfiera ce biogaz en le refroidissant à -160°C, puis le livrera sous forme liquide à Gaz Métro.

Les experts en sarraus blancs de Gaz Métro sépareront le méthane des autres gaz issus des déchets et le stockeront dans une station-service toute neuve. Les camions de la Ville et ceux des entreprises de camionnage du Québec passées au méthane, comme Transport Robert, viendront s'y approvisionner.

«On compte sur à peu près 3 millions de mètres cubes de biogaz par année fournis par la Ville, évalue Catherine Houde, porte-parole de Gaz Métro. Un poids lourd qui fera le plein aura une autonomie de 800 à 1 000 km. Et ça coûte 35% moins cher que le diesel. En prime, on diminue ses émanations de gaz à effet de serre de 25%!»

Selon l'Agence allemande de l'énergie, le biométhane est le plus performant des biocarburants - à volume égal, il est trois fois plus performant que l'éthanol, par exemple. On comprend donc l'intérêt pour la chose.

Le Canadien National suit tout cela de près et souhaite faire rouler des locomotives au méthane à l'automne 2013, selon Mme Houde. Et si vous prenez le traversier Québec-Lévis à la fin de 2014, vous naviguerez au méthane, si le projet de la Société des traversiers du Québec se concrétise.

Usine d'extraction de biogaz

La Ville de Saint-Hyacinthe empochera de 1 à 2 millions de dollars avec ses déchets domestiques et industriels dès 2015. La Ville construira en effet une usine d'extraction de biogaz pour traiter le contenu des bacs à ordures des citoyens, les déchets des entreprises agroalimentaires et les boues des stations de traitement des eaux usées.

«Les déchets organiques sont responsables de 6% des émanations de gaz à effet de serre, estime Frédéric Krikorian, chef du service des énergies nouvelles chez Gaz Métro. Une bonne façon de diminuer cette charge environnementale est d'extraire le méthane et de l'injecter directement dans le réseau de Gaz Métro. C'est ce qu'on va faire avec la Ville de Saint-Hyacinthe.»

Il faut d'abord trier les déchets organiques, puis en faire une soupe peu ragoûtante, mais riche en énergie. On nourrit des bactéries avec la soupe. Les micro-organismes fermentent le mélange pendant une vingtaine de jours et, bingo, on obtient du méthane!

On compte produire annuellement de 8 à 13 millions de mètres cubes de gaz naturel (du méthane à 96%). Gaz Métro l'injectera directement dans son réseau.

Le processus est très bien documenté et bien maîtrisé. En 2009, on comptait 60 sites d'injection de biométhane en Europe, comparativement à 10 en 2004. L'Allemagne s'est donnée comme objectif pour 2030 d'avoir au moins 10% de biométhane dans son réseau gazier. En Suède, 60% du gaz utilisé comme carburant est du biométhane.