Dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre, les bureaux d'ingénieurs doivent dérouler le tapis rouge afin d'attirer des candidats dans les régions éloignées. Ajoutons à cela le Plan Nord, il n'en fallait pas plus pour créer une surenchère.

Mis à jour le 29 févr. 2012
Nathalie Côté, collaboration spéciale LA PRESSE

Les firmes Cegertec et Groupe-conseil TDA ont plusieurs postes d'ingénieurs à combler. Elles doivent s'armer de patience, car le recrutement sera long. «Ça dépend des critères, mais embaucher quelqu'un en génie électrique avec cinq ans d'expérience par exemple, ça peut prendre des mois et on ne trouvera peut-être pas», témoigne Jacques Parent, vice-président et directeur général du Groupe-conseil TDA, établi sur la Côte-Nord.

Pourtant, les firmes ne ménagent pas leurs efforts: séjours pour découvrir la région, salaires alléchants (97 000$ en moyenne selon le Réseau des ingénieurs du Québec), aide pour dénicher une maison et un travail au conjoint, déménagement payé, etc.

En novembre 2009, le Réseau Ingénieurs Québec a réalisé un sondage auprès des employeurs d'ingénieurs sur leurs intentions d'embauche. Résultat: 11% des postes à combler étaient dans des régions ressources. Un défi pour les recruteurs, mentionnait-on, car le nombre d'ingénieurs de ces régions ne suffit pas à la demande.

Peu de candidats d'expérience

Les plus jeunes, n'ayant pas encore de famille, sont généralement plus faciles à convaincre, mais il faut aussi des ingénieurs d'expérience pour les encadrer. «Pour les jeunes, il y a de belles opportunités, ils peuvent avancer plus rapidement et ont accès à des projets d'envergure intéressante. Mais convaincre un ingénieur senior de déménager est tout un défi, mentionne Stéphane Leduc, vice-président et directeur général de Cegertec. Saguenay est une grosse ville alors ce n'est pas si mal, mais sur la Côte-Nord, c'est vraiment difficile.»

Il faut dire qu'il y a aussi plusieurs projets importants dans les grands centres et que les ingénieurs expérimentés ne sont pas si nombreux. «Il manque d'ingénieurs d'expérience parce que dans les années 1980 et 1990, il n'y avait pas d'emploi et les écoles se sont vidées», explique Maud Cohen, présidente de l'Ordre des ingénieurs du Québec. Si les classes de génie civil se sont remplies depuis, ce n'est pas le cas en génie minier et géologique. «Ce sont des emplois en régions plus éloignées, mais très payants. Malgré tout, c'est difficile d'attirer les jeunes», constate Mme Cohen.

Du Maroc à la Côte-Nord

La profession doit aussi composer avec de nombreux départs à la retraite. Seule l'arrivée d'ingénieurs immigrants permet actuellement de faire grimper les effectifs. D'ailleurs, sur 35 ingénieurs, le Groupe-conseil TDA compte sept immigrants. «Certains viennent au Canada justement parce qu'ils sont intéressés par les grands espaces, ceux-là sont faciles à convaincre, mais ce n'est pas le cas de tous», note M. Parent, qui assure que leur intégration s'est parfaitement déroulée.

Attirer des ingénieurs, c'est une chose, les conserver en est une autre. Certains ingénieurs des régions sont parfois attirés par les offres très alléchantes des minières. «Nous travaillons beaucoup à garder notre personnel, notamment en offrant un climat de travail intéressant», indique M. Parent.

Salaire moyen des ingénieurs par région

> Capitale-Nationale: 82 500$

> Chaudière-Appalaches: 75 800$

> Estrie: 82 100$

> Laurentides/Lanaudière: 80 900$

> Laval: 84 600$

> Mauricie/Centre-du-Québec: 81 500$

> Montérégie: 89 300$

> Montréal: 94 900$

> Outaouais: 97 200$

> Saguenay-Lac-Saint-Jean: 84 700$

> Autres régions: 97 000$

(Source: Enquête sur la rémunération directe des ingénieurs salariés du Québec 2011 - Réseau des ingénieurs du Québec)

Répartition des prévisions d'embauche en 2010



> Grand Montréal (Montréal, Montérégie, Laval, Laurentides, Lanaudière): 61,5%

> Québec/Chaudière-Appalaches: 11%

> Mauricie/Centre-du-Québec: 6,7%

> Estrie: 6,2%

> Outaouais: 3,7%

> Régions ressources (Abitibi, Saguenay-Lac-Saint-Jean, Côte-Nord, Nord-du-Québec, Bas-Saint-Laurent, Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine: 11%

(Source: sondage du Réseau des ingénieurs du Québec)