Dans son petit bureau, la directrice commerciale de notre concessionnaire nous présente les vertus et avantages de la garantie de remplacement. Cette garantie complète l'assurance auto de base, pour nous procurer une voiture neuve en cas de perte totale. Cette garantie fait concurrence à la protection valeur à neuf offerte par notre assureur auto. Affable, la directrice nous fournit une liste de questions à poser pour comparer les deux produits.

Marc Tison LA PRESSE

Pourquoi une valeur à neuf?

On opte pour la protection valeur à neuf ou la garantie de remplacement parce que notre voiture se déprécie plus rapidement que le remboursement de notre emprunt, justifie-t-on souvent. Si un accident ou un vol entraîne la perte totale de notre véhicule, on risque autrement de recevoir de notre assureur un chèque inférieur au solde du prêt.

Et notre directrice évoque justement le croisement de la courbe de dépréciation avec la courbe du remboursement du prêt.

Mais c'est un faux problème, insiste le comptable et planificateur financier Éric Brassard, auteur du classique ouvrage Finance au volant. L'objectif de la valeur à neuf consiste essentiellement à contrer la forte dépréciation de notre véhicule pendant ses premières années, rappelle-t-il. Le solde du prêt est indépendant du problème. «Je peux reporter la dette sur la nouvelle voiture, si je veux, dit-il. Par contre, sans garantie de remplacement, je devrai assumer l'écart entre la voiture usagée et la voiture neuve.»

En fait, la valeur à neuf «s'applique uniquement aux personnes qui gardent leur voiture longtemps, insiste-t-il. Si la personne a déjà décidé de changer sa voiture tous les trois ans, c'est parce qu'elle accepte d'emblée d'assumer le coût de dépréciation des premières années. Il devient alors illogique de se protéger contre ce coût qu'elle accepte d'assumer.»

En d'autres mots, plus on se rapproche du moment où on aurait de toute manière remplacé notre voiture, moins la protection de la valeur à neuf est nécessaire.

Comparez les prix avant d'accepter

Pour une Mazda 3 de 19 223$, notre concessionnaire propose une garantie de remplacement de quatre ans, au coût de 972$, ou 1097$ avec la TPS et TVQ.

«C'est un prix qui est garanti pour la durée du contrat», fait valoir Luc Vinet, directeur régional pour LA Pacifique, l'entreprise qui fournit la garantie de remplacement de notre concessionnaire. «Si vous achetez une protection de cinq ans et que ça vous coûte 1000$, vous savez que vous avez une garantie pendant cinq ans pour 1000$.»

Avec l'assurance auto, le coût de la protection valeur à neuf se calcule plutôt en proportion de la prime annuelle.

Chez l'assurance A, par exemple, cet avenant coûte 3,5% de la prime de la première année, puis 9%, 22,5%, et 36% pour les suivantes. Total: 71% pour quatre ans, 107% pour cinq ans.

Chez l'assureur B, la valeur à neuf est gratuite la première année. Elle coûte ensuite 10% de la prime de la seconde année, 20% de celle de la troisième, 30% de celle de la quatrième, 40% de celle de la cinquième.

Pour notre Mazda 3, l'assureur B demande une prime de 930$. Si on suppose que la prime de base demeure stable pendant quatre ans, la valeur à neuf coûterait donc 558$, soit 591$ avec la taxe de 9% - 506$ de moins que la garantie de remplacement!

Mais si le destin - ou la maladresse - entraînait des réclamations ou des contraventions dès la première année, la prime augmenterait en conséquence, et la portion valeur à neuf gonflerait proportionnellement. À vous de juger si ce risque est acceptable.

Déplorable dossier?

Votre malchance ou votre jeunesse vous impose des primes d'assurance auto dignes d'un propriétaaire de Ferrari? Reprenons les comparaisons.

Toujours pour la même Mazda, un jeune homme de 20 ans qui possède son permis depuis moins de six mois recevrait le coup de masse d'une prime annuelle de 2968$. En supposons que sa prime demeure fixe, la valeur à neuf pendant quatre ans lui coûterait environ 1780$ avant taxe de 9%.

Du côté de la garantie de remplacement, rien ne bouge. Elle est calculée sur la base du prix et de la marque de la voiture, et souvent de la région de résidence. Mais pas sur le risque que vous représentez vous-même. Bref, elle demeurerait à 1097$.

En somme, un conducteur avec un excellent dossier pourrait avoir avantage à choisir l'avenant valeur à neuf de son assureur, tandis que le conducteur néophyte, maladroit ou malchanceux préférera la garantie de remplacement.

Consultez un courtier

C'est peu connu, souligne Éric Brassard: les garanties de remplacement sont également offertes par les courtiers d'assurances, sans qu'il soit nécessaire d'y détenir son assurance auto. «Elle est de meilleure qualité, plus flexible, moins chère», résume-t-il.

Moins chère à quel point? Toujours pour notre voiture-témoin de 19 223$ avant taxes, une garantie de remplacement de quatre ans coûte chez le courtier 1041$, taxes incluses, un peu moins que les 1097$ demandés chez le concessionnaire.

Mais l'écart se creuse pour une garantie de cinq ans: 1155$ chez le courtier, 1386$ chez le concessionnaire. Avec la valeur à neuf de l'assureur A, les cinq ans de protection coûteraient 1013$ taxes incluses, toujours en supposant que la prime de base demeure stable.

On le constate, plus la durée de la protection s'allonge, plus la garantie de remplacement se montre avantageuse.

Chez CIME, le courtier grossiste qui procure la garantie de remplacement à la plupart des courtiers, la durée la plus populaire est celle de cinq ans.

Principal inconvénient: elle ne peut être ajoutée au prêt auto, comme celle offerte chez le concessionnaire.

Quel est votre degré de liberté?

La garantie remplacement du concessionnaire vous imposera généralement de vous procurer chez lui votre véhicule neuf. La garantie du courtier offre plus de latitude: son chèque s'ajoute à celui de l'assureur primaire, pour équivaloir au prix d'une voiture neuve équivalente à la vôtre, «selon trois soumissions demandées à des concessionnaires de votre région», précise Mario Lortie, président de CIME. Libre à vous ensuite d'acheter votre nouveau véhicule où vous voulez, de la marque que vous préférez, ou même de choisir un tout autre type d'objet roulant.

Pouvez-vous perdre votre couverture?

Notre directrice commerciale nous met en garde: le renouvellement de la valeur à neuf de notre assureur pourrait nous être refusé si notre dossier se dégrade à la suite d'une série de réclamations.

C'est vrai, et il est très difficile de savoir auprès de son assureur à la suite de quelles circonstances cet avenant pourrait être refusé.

À l'inverse, la garantie de remplacement est maintenue tout au long du contrat, fait valoir notre directrice. Mais elle disparaît dès qu'elle a servi une fois. «La garantie de remplacement prend fin au moment d'une perte totale, confirme Luc Vinet. Elle est alors considérée comme une prime acquise.»

Même si cet accident survient six mois après l'achat, vous devrez donc acheter une nouvelle garantie prolongée.

La garantie du courtier est plus avantageuse à cet égard: «Depuis l'an passé, lors d'une perte totale, nous remboursons la prime non gagnée sur la garantie de remplacement, décrit Mario Lortie. Le client ne perd pas pour les jours non utilisés.»

Quelle valeur à neuf?

Sur quelle base la valeur à neuf de l'assureur est-elle calculée? Si vous faites une réclamation pour une perte totale après trois ans, vous versera-t-on l'argent nécessaire à un véhicule neuf équivalent de l'année courante, où à la valeur d'origine ajustée à l'inflation? La pratique varie selon les assureurs.

«Si vous payez votre véhicule 25 000$ aujourd'hui et qu'il vous arrive une perte totale dans quatre ans, vous allez avoir 25 000$», indique par exemple la représentante de l'assureur A, lors d'une demande de soumission téléphonique.

«On vous garantit d'avoir un véhicule neuf de l'année courante où l'accident est arrivé», explique pour sa part le représentant de l'assureur B. Bref, renseignez-vous.

Puis-je changer d'assureur sans perdre ma protection valeur à neuf?

La question est soumise par notre directrice commerciale pour comparer les services. En fait, le problème ne relève pas de l'assureur actuel, mais de celui chez qui vous transférerez votre dossier. Plusieurs assureurs accepteront de vous accorder une valeur à neuf, de même durée que celle que vous aviez chez votre assureur précédent. Informez-vous avant de changer d'assureur.

Une question de franchise

Chez notre concessionnaire, la directrice explique que la garantie de remplacement rembourse les franchises de notre assurance auto lors d'un sinistre, jusqu'à concurrence de 500$ pour les collisions et 250$ pour les autres incidents. On peut donc augmenter nos franchises jusqu'à ces montants, et profiter d'une réduction de notre prime d'assurance.

Toujours dans notre exemple, le passage de franchises 250$/100$ à 500$/250$ procure une réduction de 59$ sur la prime annuelle de 930$. Multiplié par le nombre d'années de la protection, ce rabais réduit l'écart de coût entre la valeur à neuf et la garantie de remplacement.

Mais avec une nuance. Ces deux programmes ne recouvrent pas parfaitement les mêmes réalités. La garantie de remplacement rembourse jusqu'à concurrence de 250$ pour une perte partielle et de 500$ pour une perte totale.

Supposons que nous suivions cette suggestion et qu'une collision survienne, avec des dommages de 2500$. Il faudrait acquitter la franchise de 500$ auprès de notre assureur, mais le remboursement de la garantie de remplacement ne serait que de 250$, car il s'agirait d'une perte partielle. En somme, pour ce sinistre, nous aurions à débourser 250$ de plus qu'auparavant.

Un mot (ou deux) sur le vaste sujet de la location.

La valeur à neuf est tout aussi utile à la location qu'à l'achat, rappelle d'abord Éric Brassard: le problème de dépréciation rapide est le même dans les deux cas.

Cependant, précise-t-il, «il faut éviter la valeur à neuf pour la location.» En cas de perte totale, il est très difficile de négocier équitablement le partage du chèque d'indemnisation avec le bailleur. Pour la location, Éric Brassard préconise sans hésitation la garantie de remplacement.