Un beau conte de « marrainage » de petites entreprises

Marc Tison
Marc Tison La Presse

La hideuse pandémie frappait aveuglément et personne ne savait encore comment se conclurait l’histoire.

La sinistre COVID-19 guettait les plus faibles.

La sombre crise mettait en péril les plus petites entreprises.

Mais des fées sont apparues…

Une petite communauté

Fondé par Maryline Marti, Talents M est un collectif francophone, une communauté à la fois lâche et tissée serré d’une quarantaine de spécialistes en communication et marketing, qui travaillent indépendamment, mais sont liés par leurs intérêts communs.

Ils se rassemblent pour « créer des choses, réfléchir, parler des meilleures pratiques », décrit la travailleuse autonome Ania Ursulet, stratège en marketing et communication et membre de Talents M depuis 2019.

Dès le début de la pandémie, Maryline Marti a invité ses membres à une rencontre hebdomadaire en visioconférence, question de s’épauler à distance.

« On a commencé à tricoter, à réfléchir à ce qu’on pouvait faire ensemble pour la société, le monde, la planète. Et pour nous tous. »

Elles ont sagement commencé très localement.

« J’ai eu très vite un besoin d’action et j’ai proposé ce projet de marrainage, qui permettait de contribuer, à ma mesure et collectivement, à aider le tissu économique local », poursuit Ania Ursulet.

Son idée était toute simple : demander à de grandes entreprises de soutenir de petites entreprises locales – de les « marrainer », dit-elle.

Elle trouvait sa source dans une rencontre marquante. Une forme de bienfait en retour…

« Pourquoi j’ai pensé à ça ? C’est parce que je suis immigrante. Je suis arrivée au Québec il y a à peu près neuf ans. Un des premiers échanges que j’ai eus avec les Québécois, ç’a été avec l’entreprise Veinage et sa fondatrice, Violaine. »

D’origine martiniquaise, Ania Ursulet s’est installée au Québec en 2012. L’année suivante, elle a fondé l’organisme Francokaraïbes, voué aux interactions culturelles.

Son mari lui avait offert un cadeau acheté chez Veinage, petite entreprise fondée par Violaine Tétreault, qui conçoit et fabrique des sacs de cuir et des articles de maroquinerie.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Violaine Tétreault, fondatrice de Veinage, conçoit et fabrique des sacs de cuir et des articles de maroquinerie.

Séduite par ses produits, Ania Ursulet lui a demandé de créer un sac qui ferait la jonction entre les Antilles francophones et le Québec, avec du cuir, du bois d’érable et du madras, le tissu traditionnel de la Martinique.

« Elle m’a écoutée, elle a fait des propositions, elle a cherché, elle l’a fait », décrit Ania.

C’est à Violaine qu’elle a immédiatement songé pour son projet.

« Elle venait de terminer sa collection de printemps – avec la pandémie et l’arrêt des activités économiques, une collection qui allait peut-être lui rester sur les bras. »

Elle a demandé à l’entrepreneure quel type de soutien elle souhaiterait recevoir.

« Elle m’a dit tout de suite : avoir des commandes, du chiffre d’affaires. Pas une subvention, pas une commandite. Elle ne voulait pas être passive. »

C’est ainsi que s’est fixée la formule de maillage : on demanderait à une grande entreprise de passer une commande pour 5000 $ de marchandise auprès de la petite entreprise dont elle serait la marraine.

Chez Violaine

« Quand elle m’a approchée pour être marrainée, j’étais bien d’accord et bien enthousiaste », confirme Violaine Tétreault.

« Ce que je trouvais intéressant, c’était l’espèce d’économie circulaire, l’importance de s’entraider entre entreprises locales.

« J’aimais bien aussi que ce soient des femmes, et des femmes entrepreneures. »

Fondée en 2010, sa petite entreprise emploie un couturier, une couturière et deux personnes chargées du marketing et des ventes. Ses produits sont vendus en ligne et dans une trentaine de boutiques au Canada.

« Je travaille beaucoup avec des matériaux récupérés, donc des chutes de l’industrie du rembourrage et du meuble, explique l’entrepreneure. J’essaie d’être le plus écologique dans mes processus d’approvisionnement et de confection. »

La pandémie l’a forcée à réduire son personnel, mais la fidélité de sa clientèle et sa plateforme web déjà fonctionnelle lui ont permis de surnager.

Et en effet, elle préférait un soutien sous forme de commandes à une subvention indirecte.

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Violaine Tétreault, fondatrice de Veinage

« Une commande personnalisée, c’est tout de suite clair : un contrat qui entre, ça fait travailler les employés », exprime-t-elle.

« Je trouvais que c’était plus chouette, comme échange. Le jumelage entre entreprises était plus enrichissant sur le plan personnel. »

Sur la base du programme esquissé avec Veinage, Ania Ursulet a invité les membres de Talents M à se joindre au mouvement.

Deux consœurs ont répondu à son appel.

Maryline Marti a décidé de soutenir la boutique Locolocal.

Aïcha Fleury a proposé Moulins Tremblay, un petit fabricant artisanal de moulins à poivre dont nous reparlerons bientôt.

Les trois consultantes se sont engagées à conseiller gratuitement leurs protégées et à trouver pour chacune une ou deux entreprises qui les prendraient sous leur aile.

Sans toutefois que s’installe un rapport de supériorité.

« On va essayer de faire en sorte que la grande entreprise ait un vrai coup de cœur pour la petite », insiste Ania Ursulet.

Les fées sont apparues. Les marraines restent à trouver.