L’innovation : un ensemble de salle à manger modulable en six configurations, pour passer de 2 à 12 convives, dont les composants s’encastrent les uns dans les autres pour le rangement. On prévoit lancer prochainement un canapé selon le même concept.

Karim Benessaieh
Karim Benessaieh La Presse

Qui ?

En 2016, six amis, trois originaires de Russie et trois Canadiens, se retrouvent à la même table à Montréal. Ils ont des expériences professionnelles très diverses, essentiellement en gestion et en marketing, avec un point commun notable : « Personne n’avait d’expérience dans les meubles », raconte l’un d’entre eux, Soslan Tsoutsiev. Avec les cinq autres, Artem Kuzmichev, Richard Mabley, Cédric Deltandre, Alexandre Doré et Zaur Pkhalagov, ils ont une inspiration : les gens vivent dans de plus petits espaces, choisissent des meubles en conséquence et sont mal pris quand ils veulent recevoir beaucoup d’invités.

L’idée d’un ensemble de salle à manger modulable, qui peut aussi bien accueillir un couple qu’une réunion familiale, était née. « On s’est mis ensemble, on s’est mis à faire de petits dessins », raconte M. Tsoutsiev, aujourd’hui PDG de Transformer Table. Les six amis sont toujours aux commandes de l’entreprise, qui compte 66 employés dans ses locaux de Dorval et fait fabriquer les composants de ses meubles transformables dans différentes usines en Asie et en Amérique du Nord.

Le produit

En combinant rails et panneaux, la table et les bancs de Transformer Table peuvent s’étirer. À leur plus simple expression, ils sont conçus pour deux personnes. En y ajoutant des panneaux, qui sont eux-mêmes compactés dans une table à café, on peut aisément asseoir 12 personnes. Six configurations sont possibles. L’ensemble, comprenant deux bancs, la table et la table à café, est vendu 2999 $. Des chaises encastrables sont également offertes.

Voyez un extrait de la vidéo de présentation de Transformer Table (en anglais) :

Le concept, qui en est à sa version 3,0, a graduellement évolué, le matériau de base au départ, le MDF, ayant fait place au bois. « Il y a eu beaucoup d’essais-erreurs », précise Alexandre Doré, cofondateur et directeur du marketing.

Lancée dès le départ avec une campagne de sociofinancement sur Kickstarter qui a rapporté 130 000 $ en 30 jours, la Transformer Table a ensuite récolté 5,1 millions lors de deux campagnes subséquentes. En cinq ans, on a vendu 25 000 tables, « à 95 % en Amérique du Nord », dit M. Doré. Les revenus de l’entreprise ont triplé chaque année, passant de 500 000 $ à 30 millions en 2020.

Les défis

Le premier défi, pour des néophytes dans ce domaine, a consisté à améliorer les produits.

La qualité est maintenant très bonne : on a écouté les commentaires négatifs et on reçoit des suggestions de changements à apporter. Nous, on veut que ce soit votre table à vie.

Soslan Tsoutsiev, PDG de Transformer Table

Pour gérer une telle croissance, la recherche de financement est permanente. Cela dit, Transformer Table utilise admirablement les réseaux sociaux et Kickstarter pour tâter le marché et susciter les contributions. « Un de nos gros défis, et c’est un heureux problème, c’est que nos meubles se vendent comme des petits pains chauds, ça pogne, ajoute Alexandre Doré. On a tellement de demande qu’on veut parfois aller trop vite, alors que la production prend du retard. »

Le recrutement, avec la pénurie de main-d’œuvre, demeure laborieux.

L’avenir

En tant que PDG, Soslan Tsoutsiev résume la suite en une phrase : « On veut devenir l’IKEA du meuble transformable. […] Le but ultime, c’est de rendre la vie des gens plus facile. »

L’avenir est déjà en place, puisqu’un nouveau produit, le canapé transformable, fait l’objet d’une campagne Kickstarter depuis la fin d’avril. En trois jours, l’objectif de 50 000 $ a été pulvérisé avec des contributions de 681 000 $. Sa mise en marché est prévue en octobre prochain.

Avec un tel intérêt des consommateurs, Transformer Table ne compte évidemment pas s’arrêter là. « On a plusieurs idées en chantier, certaines ont déjà été construites, annonce M. Tsoutsiev. On veut se concentrer sur un objet, une pièce à la fois. » La prochaine « pièce », celle que les commentaires des clients ont désignée, c’est le patio. « On écoute notre clientèle, dit Alexandre Doré. Les gens nous ont demandé de créer une table extérieure adaptable pour leur patio, mais on ne veut pas aller trop vite, on ne veut pas sacrifier la qualité du produit. »