Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

L’innovation

Un équipement et un logiciel qui permettent aux commerçants d’obtenir des photos à 360 degrés de leurs produits, ce qui augmente les ventes en ligne et diminue les retours.

Qui ?

Révolutionnez.ca, ce sont trois personnes ayant des expertises bien distinctes et complémentaires. Jean-Paul Robichaud est un photographe de McMasterville, à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Montréal. Sa clientèle depuis 2010 combine des évènements privés et des commandes commerciales. Mohammed Yahiaoui est un informaticien d’origine algérienne établi à Saint-Hyacinthe depuis 2011. Enfin, Priscilla Paquette est une consultante spécialisée en marketing numérique, titulaire d’une maîtrise en commerce électronique de HEC Montréal.

À partir de 2017, M. Robichaud a commencé à proposer à ses clients commerciaux et industriels des animations de produits à 360 degrés. Il a cependant rapidement constaté que les logiciels sur le marché étaient peu adaptés à ses besoins.

« C’est Jean-Paul qui m’a contacté il y a un an et demi, raconte M. Yahiaoui. On est arrivés à la même conclusion que ça prenait un produit from scratch, de la prise de photo à la visionneuse d’animation. » Priscilla Paquette s’est jointe au duo à la fin de 2020 afin de promouvoir cette nouvelle offre de service.

Le produit

La première étape, c’est la prise d’une quarantaine de photos par M. Robichaud, chez le client ou dans son studio, grâce à des outils automatisés qu’il a conçus et qui permettent à l’objectif de mitrailler un objet sous tous les angles. « Je ne suis pas un ingénieur, disons un ingénieux… J’ai toujours été fasciné par ce domaine et je suis arrivé à créer plusieurs systèmes. »

Par la suite, l’expertise de M. Yahiaoui entre en jeu pour combiner ces photos et en faire un fichier numérique, une sorte de vidéo sur commande qu’on peut afficher sur un site web ou sur un téléphone. L’utilisateur peut faire pivoter l’objet, zoomer et même en scruter l’intérieur.

Depuis 2018, on a ainsi produit ces animations pour des clients comme des fabricants de portes et fenêtres et de semoirs, des bonnets de bambou et des casseaux de fraises. Le tarif de base est de 200 $ par produit en studio, autour de 1000 $ chez le client.

Avec l’explosion du commerce électronique, qui a engendré des taux de retour très élevés, on vise maintenant un marché plus précis : les sites transactionnels dans lesquels l’acheteur pourra voir son produit sous toutes les coutures.

Le commerce électronique n’a pas évolué depuis 20 ans, ce sont toujours les mêmes photos figées. L’expérience client ne s’est pas adaptée.

Priscilla Paquette, consultante spécialisée en marketing numérique

Elle a compilé une série de statistiques démontrant que le visionnement de produits à 360 degrés pouvait être une bénédiction pour le commerce en ligne. Différentes études évoquent une augmentation de la conversion des achats entre 5 % et 40 % après l’adoption de cette technologie. La chaîne Home Depot a rapporté en 2020 une baisse de 35 % de ses retours en ligne pour ses produits affichés ainsi.

Les défis

Convaincre des commerçants des avantages d’une technologie qu’ils n’ont pas essayée est toute une gageure. « Il faut trouver le moyen de rendre ça accessible à tous, des petits marchands locaux aux grandes entreprises », explique Mme Paquette.

Côté informatique, il faut s’assurer que l’expérience soit fluide, que les animations soient de bonne qualité et compatibles avec toutes les plateformes, qu’elles soient bien indexées dans les moteurs de recherche. « Il ne faut pas que le fichier soit lourd, le téléchargement doit être fluide, dit M. Yahiaoui. Il y a eu quelques défis techniques à relever. »

L’avenir

Évidemment, le trio ne pourra répondre à la demande si elle devait trop grandir. La prochaine étape, c’est de faire de la plateforme de Révolutionnez.ca un « logiciel en tant que service », un SaaS, dans le jargon informatique. On permettrait ainsi aux clients, sous licence, d’utiliser eux-mêmes la plateforme tout en bénéficiant d’un accompagnement.

« Ça permettrait de démocratiser les animations 360 degrés », estime M. Yahiaoui.