Publié le 8 févr. 2021
Karim Benessaieh
Karim Benessaieh La Presse

L’innovation

Un fournisseur internet indépendant totalement infonuagique, offrant également la télédistribution et la téléphonie et utilisant un seul logiciel pour toutes ses opérations.

Qui ?

En 2019, deux étudiants de l’Université Laval, Marc-André Campagna et Francis Careau, constatent une incongruité : la fourniture du service internet par des entreprises repose sur des dizaines de logiciels distincts et souvent peu compatibles. Ils décident alors de concevoir un seul logiciel qui pourrait assumer de façon automatique tout le service, du grand fournisseur au client. Ainsi est née la nouvelle vocation d’Oxio, qui offrait auparavant le service internet par micro-ondes dans des zones mal desservies. M. Campagna est aujourd’hui PDG et M. Careau, vice-président technologie et produits de cette entreprise qui compte 41 employés, qui travaillent tous à distance. Oxio, en effet, n’a pas d’espace de bureaux central. Elle compte 10 000 clients.

Le produit

Étonnant qu’un fournisseur internet indépendant puisse être qualifié d’« innovant ». C’est pourtant le tour de force que réussit Oxio, avec des rondes de financement totalisant 10 millions US et une place au sein du prestigieux incubateur californien Y Combinator, qui a lancé des start-up comme Airbnb, DoorDash, Dropbox et Pinterest. Le stage intensif de trois mois a commencé à la mi-janvier.

Le secret ? « On a une vision très différente du futur des télécommunications, explique Marc-André Campagna. On voit une séparation entre les réseaux physiques et les fournisseurs numériques, à l’image de ce qu’AWS a fait avec les serveurs. »

Oxio offre le service internet dans tout le Québec en utilisant le réseau hybride – fibre optique et câble – de Vidéotron. Tous les processus de connexion et de gestion des transferts de données sont gérés automatiquement.

« Les clients peuvent commander en moins de cinq minutes et sont connectés simplement en suivant un guide que nous leur envoyons », explique le PDG.

Là où normalement cinq ou six personnes devaient intervenir, nous, on a un processus entièrement automatisé. On pourrait avoir 5 millions de commandes par jour, avec des frais d’exploitation extrêmement bas et des prix beaucoup plus compétitifs.

Marc-André Campagna, PDG d’Oxio

Tout, chez Oxio, est infonuagique, « 100 % dans le cloud », résume-t-il. La petite entreprise sans bureaux ne stocke pas de serveurs, compte sur un partenaire pour l’envoi des modems et routeurs à ses abonnés et offre le service à la clientèle en ligne. Le PDG affirme que le logiciel utilisé est si performant qu’il peut diagnostiquer « en amont », avant même que les clients ne s’en aperçoivent, les problèmes de réseau.

Le résultat : des prix jusqu’à 30 % moins élevés que chez les grands fournisseurs, routeur et modem inclus. La connexion illimitée à 60 Mb/s, par exemple, coûte 45 $ par mois, sans contrat et sans frais d’installation. Selon PlanHub.ca, le forfait équivalent coûte 60 $ chez Vidéotron et 59,95 $ chez Bell – pour une vitesse de 50 Mb/s dans ce dernier cas. « Et ce ne sont pas des promotions temporaires, notre prix est stable », promet le PDG.

L’avenir

Des projets, M. Campagna en a pour les 10 prochaines années. Après le réseau de Vidéotron, Oxio veut se connecter à tous les réseaux disponibles. On espère offrir le service pour cellulaires « si on arrive à avoir un tarif favorable », précise-t-il.

À plus long terme, on veut également proposer une panoplie de services numériques, par exemple pour la domotique ou l’internet des objets.

« Nous sommes une entreprise en forte croissance et notre vision à long terme, c’est de devenir une plateforme connectée à tous les réseaux. On a énormément de développement logiciel à faire, on a tout à apprendre, et le meilleur endroit pour le faire, c’est la Silicon Valley. »