L’innovation : offrir aux gestionnaires de succession une plateforme complète permettant d’automatiser et de numériser ce processus qui prend plusieurs années, pour le ramener à quelques mois.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Qui ?

Tout commence en 2015 avec la mort de la grand-mère d’Ari Brojde et d’Alex Wulkin, deux gestionnaires de portefeuilles et cousins. Il leur a fallu trois ans pour régler cette succession pourtant peu complexe. Ils découvrent à cette occasion que le transfert de patrimoine et la liquidation d’une succession constituent un processus étonnamment long, souvent manuel, qui réserve aux professionnels de ce secteur – avocats, notaires, comptables et fiducies – de nombreux écueils.

« Il y a toute une courbe d’apprentissage, il n’y a pas de cours à l’université pour apprendre aux étudiants comment régler une succession, précise Ari Brojde. Il y a des problèmes internes chez les professionnels, et aussi des problèmes externes. »

En 2018, les deux cousins fondent Estateably, et la plateforme a été lancée en août dernier. Une dizaine de firmes de professionnels œuvrant dans le domaine de la succession l’utilisent. Estateably, dont les bureaux sont dans le quartier Saint-Henri à Montréal, emploie une quinzaine de personnes. Ari Brojde en est aujourd’hui le PDG et Alex Wulkin, le directeur des opérations.

Le produit

La plateforme d’Estateably est réservée aux professionnels, le simple citoyen n’y a pas accès. Elle permet d’abord de créer un dossier informatisé dans lequel toutes les informations consignées vont pouvoir être inscrites automatiquement dans des formulaires et des lettres personnalisées.

Elle contient en outre une centaine de formulaires que doivent remplir les professionnels de la succession. On y retrouve également une liste des tâches à accomplir, des guides de formation et des rapports automatisés qui peuvent être générés en un clic.

« Ce que nous avons constaté dans ce domaine, c’est qu’il n’y avait pas beaucoup d’automatisation : il y avait beaucoup de papier, de formulaires qui devaient être remplis au stylo pour être envoyés aux agences gouvernementales », explique M. Brojde.

Les « problèmes externes » auxquels il fait référence, ce sont essentiellement les très longs délais pour communiquer avec les gouvernements, avoir par exemple un certificat de décès auprès du Directeur de l’état civil ou de décharge auprès de l’Agence du revenu du Canada.

Au total, estime Gabriel Saint-Maurice, directeur du service client, une personne a en moyenne une trentaine de comptes qu’il faut fermer à sa mort.

Les défis

Outre la mise à jour régulière des formulaires et des procédures, Estateably tente de convaincre les acteurs institutionnels et commerciaux – banques, fournisseurs de services comme Vidéotron et Bell, fisc fédéral et provincial, État civil – d’embarquer dans sa plateforme pour permettre, par exemple, la transmission automatisée de documents comme on le fait avec les impôts ou la confirmation des données.

« Ça va bénéficier à tout le monde, assure M. Brojde. Pour les fournisseurs, ils s’assureront de ne pas facturer quelqu’un qui est décédé et ça va faciliter la fermeture de comptes. On pourrait facilement ramener le processus à trois ou quatre mois. »

Pour l’instant, la première « preuve de concept » est d’envoyer toute l’information numérique à l’Agence du revenu du Canada pour obtenir un certificat de décharge.

Le principal défi pour cette entreprise naissante est de recruter le plus de clients et de partenaires pour que la plateforme devienne réellement un réseau. Elle coûte environ 400 $ par dossier.

L’avenir

Estateably veut ajouter de nouvelles fonctions à sa plateforme à court terme, comme permettre à plusieurs personnes de travailler en même temps sur un dossier et de créer des échéanciers personnalisés.

Après le Québec, on veut tâter le marché ontarien, où l’entreprise a lancé sa plateforme récemment en version test. « Après ça, on aura vraiment la base pour faire toutes les autres provinces », estime le PDG.