Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

L’idée

Ce n’est normalement pas d’un pays qui a autant d’eau potable qu’il faut attendre des idées pour améliorer l’accès à cette ressource essentielle. Une entreprise de Sherbrooke, au Québec, a pourtant conçu un système de dessalement de l’eau de mer qui pourrait étancher la soif de milliers d’êtres humains un peu partout dans le monde.

Les bouées de dessalement d’Oneka Technologies produisent de l’eau potable à partir de l’eau de mer sans énergie, contrairement aux autres procédés de dessalement de l’eau de mer, et à un coût très bas : un quart de cent le litre.

Qui ?

Dragan Tutic et Renaud Lafortune se sont intéressés au dessalement de l’eau dans le cadre d’un projet scolaire à l’Université de Sherbrooke. « C’est lors d’un voyage au bord de la mer avec mon frère que l’idée est venue », raconte Dragan Tutic.

En voyant toute cette eau et en pensant à ceux qui n’en ont pas.

Dragan Tutic

La solution imaginée par les deux étudiants est devenue Oneka Technologies en 2015, et le système est en instance de brevet. Il s’agit d’une bouée qui pompe l’eau de mer, la filtre et la dessale par un procédé d’osmose inverse, avant de l’acheminer par un tuyau vers un réservoir, un étang ou un système d’aqueduc.

La bouée, d’un diamètre de 3 m et d’une hauteur de 2 m, s’installe à 200 ou 300 m du rivage pour ne pas être visible. Ce sont les vagues qui servent à pomper et à rejeter l’eau.

Les prototypes de bouées ont été équipés de panneaux solaires à des fins de recherche-développement, mais les unités commerciales n’en auront pas, indiquent les deux entrepreneurs.

PHOTO FOURNIE PAR ONEKA TECHNOLOGIES

Le système de dessalement pompe l’eau de la mer et la filtre, et il ne requiert aucune source d’énergie.

La capacité de production dépend du nombre de bouées installées en réseau. La plus petite installation, un réseau de cinq bouées, peut produire 10 mètres cubes, ou 10 000 litres d’eau douce par jour.

L’avenir

« On veut faire de l’océan la source d’eau potable la plus durable avec la technologie la moins chère. » C’est ainsi que les deux cofondateurs résument leur ambition pour l’avenir.

En attendant, ils voyagent beaucoup, dans des endroits la plupart du temps chauds et ensoleillés comme la Floride et les Caraïbes. « C’est sûr qu’on est d’une aide limitée au Canada, où il y a beaucoup d’eau, mais dans le reste du monde, on peut faire une grande différence », estime Dragan Tutic.

Les communautés isolées, les terrains de golf, les complexes touristiques sont autant de clients potentiels pour la petite entreprise de Sherbrooke, qui compte une dizaine d’employés.

Oneka Technologies a déjà séduit des investisseurs en capital de risque, qui ont contribué à deux rondes de financement de ses activités. La dernière a rapporté 2 millions.

Alors qu’elle attend ses premiers revenus, l’entreprise travaille à pousser plus loin son idée de départ. Sur sa planche : une bouée plus petite qui pourrait, par exemple, être déployée à partir d’un hélicoptère pour assurer l’approvisionnement en eau d’une communauté en cas d’ouragan ou de désastre naturel.