Se porter garant de locataires, ce qui leur permet d’accéder à plus de logements et d’offrir une protection aux propriétaires en cas de défaut de paiement.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Qui ?

Patrick Gisiger est le président de Locnest, une entreprise dont le siège social est à Longueuil et qu’il a fondée en janvier 2018. D’origine suisse, avec une formation en économie de l’école Lémania de Lausanne, il a géré de 1994 à 2016 une agence d’organisation d’événements, WOX Production. En 2015, lors de vacances au Québec, il constate que la province est un terreau fertile pour un concept déjà répandu en Suisse, l’offre de cautionnement pour les logements. « C’est là que j’ai vu des horreurs d’appartements ruinés par des locataires, et que je me suis dit que ce système serait adapté au Québec », explique-t-il. Locnest, dont l’essentiel des inscriptions se fait sur l’internet, compte deux employés en Colombie-Britannique, deux en Alberta, quatre en Ontario et cinq au Québec. C’est la seule entreprise au Canada offrant un service du genre.

Le produit

Au Canada, seulement deux provinces interdisent les dépôts de garantie : le Québec et l’Ontario. Dans ces deux endroits, Locnest offre de se porter garant des locataires, de devenir leur « caution » auprès des propriétaires jusqu’à une valeur maximale de 5000 $. Le tarif annuel est de 8 % de cette caution. Si un propriétaire demande, par exemple, à un « endosseur » d’assumer un mois d’un loyer de 1500 $, le locataire devra payer 120 $ par année à Locnest, une somme qui sera incluse dans le loyer par le propriétaire si c’est ce dernier qui exige cette formule.

En cas de défaut de paiement ou de dégâts à l’appartement, et après que le propriétaire eut gagné sa cause devant la Régie du logement, c’est Locnest qui paiera au propriétaire la somme due.

Qui peut être intéressé par une telle offre ?

« Au Québec, ce sont surtout les petits propriétaires, pour qui le logement est leur fonds de retraite et que l’on rassure. »

— Patrick Gisiger

C’est que Locnest, en plus de se porter garant, s’occupe de vérifier les antécédents financiers des candidats locataires pour 20 $.

Certaines catégories de locataires, notamment les nouveaux arrivants, les jeunes qui cherchent un premier appartement et ceux qui ont un animal de compagnie, recourent d’elles-mêmes aux services de Locnest. « On a plusieurs témoignages de gens qui ont pu garder leur animal de compagnie grâce à nous », dit le président.

Les défis

Locnest, précise M. Gisiger, « est une société de services financiers, pas un assureur ». Autrement dit, il ne suffit pas au propriétaire de se tourner vers l’entreprise pour encaisser son dû, il doit d’abord obtenir gain de cause devant les tribunaux.

Locnest s’assure également que les locataires « endossés » ont un dossier de crédit acceptable. « Notre but n’est pas d’envoyer des locataires problématiques. Mais on ne s’arrête pas à la cote de crédit : dans de nombreux cas, on a étudié le dossier et leur a fait confiance, et ils se sont montrés dignes de confiance. »

Le principal défi pour une jeune entreprise comme Locnest est d’inspirer confiance, ce qui est plus difficile quand l’essentiel des interactions se fait sur le site internet, résume son président. « C’est plus long que ce que nous envisagions au début ; on s’attendait à ce que tout le monde se rue sur un service comme Locnest. Il faut leur faire comprendre qu’on existe vraiment… »

L’avenir

Après des débuts lents, 2019 semble être l’année qui permettra à Locnest de réellement prendre son envol. « Depuis le début de l’année, on a triplé l’ensemble de nos activités pour l’ensemble de 2018 », indique M. Gisiger.

Au Québec, ce sont les propriétaires plus que les locataires qui recourent aux services de l’entreprise. Dans les provinces où le dépôt de garantie est permis, « on est plus les amis des locataires », dit le président. Le marché québécois, avec ses 1,3 million de ménages locataires, est donc particulièrement prometteur.