Sept années d'efforts viennent enfin d'être récompensées pour Unima. Cette petite entreprise de Longueuil, qui a mis au point l'équivalent informatique de la pierre de Rosette, vient de signer un contrat de 5 millions en Chine. Et son président a déjà d'autres marchés dans sa ligne de mire.

Martin Croteau LA PRESSE

D'ici un an, 10 000 écoles chinoises commenceront à utiliser la plateforme conçue par la petite société pour apprendre l'anglais. Au total, près de 15 millions d'étudiants pourraient profiter de la technologie, appelée U|slic, qui permet d'apprendre de nouvelles langues grâce à des animations.

L'entente avec Mainbo Educations, consortium qui détient le monopole de la distribution de produits éducatifs de haute technologie en Chine, est le tout premier contrat de la firme de la Rive-Sud. C'est aussi un soulagement de taille pour son président, Pascal Audant: la firme était en affaires depuis 2003.

«C'est quand même un travail de longue haleine, a-t-il reconnu en entrevue. Il faut dire qu'on a bien géré nos finances parce qu'on tenait les cordons de la bourse bien serrés.»

L'histoire d'Unima a commencé lorsque Lionel Audant, professeur de philosophie, s'est rendu dans sa terre natale, Haïti, pour contribuer aux efforts d'alphabétisation. Mais peu de paysans assistaient aux ateliers pour plus d'une semaine. Le plus souvent, ils partaient, découragés, sans avoir appris à lire ni à écrire.

«La réalité, ça bouge»

«Quelqu'un lui a dit que pour lui, la réalité, ça bouge, relate Lionel Audant. Quand tu dis «bicyclette», je ne vois pas la bicyclette.»

De retour au Québec, M. Audant remarque le même problème dans nos écoles. Il en parle à son fils Pascal, ingénieur informatique. Unima, qu'ils fondent ensemble, met donc au point un logiciel de traduction qui permet de faciliter l'apprentissage de nouvelles langues.

La plateforme U|slic permet de visualiser une animation, par exemple un fermier qui laboure sa terre, et d'en écouter la description dans différentes langues. L'usager peut ensuite décortiquer chaque phrase, mot par mot, et associer différents segments de texte à des animations précises.

Le logiciel, que l'entreprise a breveté, a été mis au point de concert avec le CRIM, centre de recherche en technologie de l'information, l'École polytechnique et l'UQAM. Son principal avantage est de contourner certaines difficultés d'apprentissage liées à la grammaire.

«C'est un logiciel éducatif qui utilise l'animation comme pivot pour passer d'une langue à une autre», résume Pascal Audant.

La petite entreprise emploie une trentaine de travailleurs et de chercheurs universitaires. Après la Chine, elle souhaite vendre sa technologie en Amérique latine. Elle a déjà établi des contacts au Brésil et au Mexique, où des entreprises et le gouvernement d'un État ont manifesté de l'intérêt pour le logiciel.

Mais curieusement, les technologies conçues par Unima n'ont suscité que bien peu d'intérêt dans les institutions d'enseignement du Québec. Pascal Audant espère que la donne va changer, lui qui souhaite devenir un chef de file mondial dans le domaine.

«C'est un peu le comique de la chose, souligne-t-il. On n'est jamais prophète en son pays!»