(Londres) Trente-deux médias occidentaux de premier plan ont été la cible, via les commentaires de lecteurs en ligne, d’une vaste opération de manipulation menée par des « trolls » prorusses propageant de la désinformation favorable aux intérêts du Kremlin, selon une étude britannique publiée lundi.

Agence France-Presse

Selon cette étude menée par l’Institut de recherche sur le crime et la sécurité de l’université de Cardiff, l’objectif de cette « opération d’influence majeure » est de présenter l’image tronquée d’une opinion publique en Occident favorable à la Russie.

Parmi les médias visés dans 16 pays par « ces infiltrations systématiques et étendues » figurent The Times au Royaume-Uni, Le Figaro en France, Der Spiegel et Die Welt en Allemagne, La Stampa en Italie, The Washington Post ou Fox News aux États-Unis.

Ces agissements ont été mis au jour dans le cadre d’une étude conduite en avril sur les tensions croissantes entre l’Ukraine et la Russie. Selon les chercheurs, ce type de tactique est en augmentation depuis 2018.

Pas moins de 242 articles publiés entre février et mi-avril concernant les intérêts géopolitiques de la Russie ont été identifiés, qui s’accompagnaient de commentaires « provocateurs prorusses ou anti-occidental », selon l’étude.  

Ces commentaires, publiés par des trolls changeant facilement d’identité, servaient ensuite de base à des articles ou publications de médias et canaux russophones. Parmi ces derniers figurent l’agence de presse publique Ria Novosti ou le groupe « Patriot Media Group » lié à l’homme d’affaires Evguéni Prigojine, réputé proche de Vladimir Poutine et financier selon Washington d’une « usine à trolls » au cœur des accusations d’ingérence russe dans la présidentielle américaine de 2016.

« En détournant les sections des commentaires des médias occidentaux », dénués de protection dans ce domaine, cette campagne « a pu présenter sa propagande comme un reflet de l’opinion dominante », commenté le professeur Martin Innes, qui dirige l’institut de recherche.  

Pour le chef de la diplomatie britannique Dominic Raab, dont le ministère soutient un programme de recherche mené par cet institut, « ce rapport met en lumière la menace posée pour notre démocratie par la désinformation sur l’internet soutenue par l’État russe ».