(Ottawa) Le dirigeant de Facebook Canada a déclaré qu’il tentera d’éviter une répétition du « black-out » de nouvelles qui avait été imposé par le géant technologique en Australie, pourvu que la législation imminente au pays ne l’oblige pas à agir de la sorte.

Christopher Reynolds
La Presse Canadienne

« Ce n’est jamais quelque chose que nous voudrions faire à moins de n’avoir vraiment pas le choix », a déclaré Kevin Chan lors d’une audition lundi devant le Comité permanent du patrimoine canadien des Communes.

Facebook a bloqué toutes les actualités sur sa plateforme en Australie pendant cinq jours le mois dernier en réponse à une proposition de loi qui aurait obligé les géants du numérique à payer des redevances aux médias d’information pour les liens vers leur contenu.

Facebook soutient déjà les entreprises de presse en difficulté en dirigeant le trafic vers leurs sites, a déclaré M. Chan, arguant qu’une réglementation lourde entraverait un internet libre et ouvert.

Même si Facebook a choisi momentanément d’étouffer l’accès aux nouvelles en Australie, la plateforme ne fonctionne pas actuellement comme une source d’information essentielle pour la plupart des Canadiens, a affirmé M. Chan. Il a cité une étude du Ryerson Leadership Lab montrant qu’environ un quart de la population obtient ses nouvelles de Facebook, en dessous de plusieurs autres sources, dont la télévision, qui arrive en tête de liste, mais dans une proportion supérieure aux journaux et aux magazines.

Dans une déclaration à La Presse Canadienne, le ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault, a déclaré que le gouvernement consultait la France et l’Australie au sujet du « déséquilibre du marché entre les organes de presse et ceux qui profitent de leur travail ».

« Les informations ne sont pas gratuites et ne l’ont jamais été. Notre position est claire : les éditeurs doivent être correctement rémunérés pour leur travail et nous les soutiendrons car ils fournissent des informations essentielles au bénéfice de notre démocratie et de la santé et du bien-être de nos communautés » a-t-il dit.

En Australie, Facebook a obtenu des concessions dans un accord avec le gouvernement qui laisse plus de place pour des accords privés entre Facebook et des entreprises de médias — comme News Corp de Rupert Murdoch — et un cycle supplémentaire de négociations avec les éditeurs avant qu’un arbitrage contraignant n’entre en vigueur.

Le dirigeant de Facebook Canada a qualifié lundi de pire des scénarios celui qui obligerait ce géant des médias sociaux à payer les créateurs de contenu d’actualités qui sont relayés par les utilisateurs de son site.

L’impasse en Australie a mis en lumière l’influence massive de Facebook — malgré le désastre de relations publiques qui a suivi — ainsi que des questions plus larges autour de l’évolution des modèles commerciaux des médias et des modes de consommation de l’information.

Le premier ministre Justin Trudeau et son homologue australien ont depuis convenu de poursuivre les « efforts de coordination » pour s’assurer que les revenus des géants du web soient partagés plus équitablement avec les créateurs de contenu et les médias d’information.

M. Chan a soutenu lundi que Facebook Canada avait annoncé des investissements de 18 millions sur six ans dans des modèles d’affaires durables. Mais il a souligné qu’une loi semblable à celle de l’Australie « n’est jamais quelque chose de souhaitable pour nous, à moins que nous n’ayons vraiment pas le choix ».

Les députés ont également soulevé des préoccupations concernant les discours haineux en ligne et la désinformation sur les vaccins contre la COVID-19, alors que les Canadiens comptent de plus en plus sur les communications numériques pour rester informés au milieu d’une pandémie. M. Chan assure que Facebook tente de résoudre ces deux enjeux tout en respectant la liberté d’expression.

Le gouvernement travaille à une réponse en trois volets aux défis que posent les plateformes de médias sociaux et les autres grands fournisseurs de contenu internet sur la façon dont les médias au Canada sont réglementés, financés et contrôlés, a déjà expliqué le ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault.

Une partie de la réponse réside dans le projet de loi actuellement devant la Chambre des communes pour moderniser le régime de radiodiffusion au pays. Une deuxième partie réside dans la réflexion visant à déterminer comment les grandes entreprises internet sont imposées et, par conséquent, comment les entreprises médiatiques « traditionnelles » sont soutenues financièrement.

Le contenu haineux en ligne constitue le troisième volet de cette initiative fédérale, alors que les observateurs mondiaux continuent de remettre en question le rôle de Facebook dans des tragédies comme la fusillade de la mosquée de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, ou la violence militaire meurtrière dirigée contre la minorité rohingya en Birmanie, en passant par des messages racistes au Canada.

Note de la rédaction : Facebook finance une bourse qui soutient des postes de journalisme à La Presse Canadienne.