Fini, la bataille… pour l’instant ! Mardi, Facebook a décidé de mettre fin au blocage des contenus d’actualité sur sa plateforme en Australie « dans les jours à venir ». L’entreprise de Mark Zuckerberg est arrivée à une entente de dernière minute avec le gouvernement en ce qui a trait au projet de loi obligeant les Google et Facebook à s’entendre avec les médias pour leur verser des redevances.

Isabelle Massé Isabelle Massé
La Presse

Ainsi, les géants du web ne seront pas sanctionnés lorsqu’ils signent des accords avec des médias locaux pour payer l’information. Un délai de deux mois leur a été consenti pour négocier les arrangements. Les deux entreprises évitent ainsi d’aller en arbitrage afin de déterminer le seuil des redevances.

Dans la foulée, Facebook a annoncé un accord avec le groupe médias Seven West. « Un tel accord nous permettra de soutenir les groupes de presse que nous choisissons, y compris les petits et les locaux », a dit Campbell Brown, vice-présidente de Facebook, responsable des partenariats mondiaux pour l’information.

Rappelons, le 18 février, irritée par un projet de loi la forçant à payer pour le contenu des médias d’information, Facebook a banni leur contenu de sa plateforme en Australie. Une décision qui a soulevé l’indignation au pays et ailleurs. Les discussions avec le gouvernement avaient toutefois repris le lendemain. C’était au moment où Google acceptait de verser de l’argent aux groupes de presse News Corp. (Rupert Murdoch) et Nine Entertainment.

Un tel accord évite à ces entreprises de payer des sommes plus élevées que celles déjà négociées, et assure aux médias australiens des revenus de l’ordre de millions de dollars. « C’est une bonne affaire pour l’industrie, car c’est la première fois que Facebook accepte d’entrer en négociation pour payer pour l’utilisation de certains contenus, explique John Hinds, président et chef de la direction de Médias d’info Canada (qui représente plus d’une centaine de médias écrits, dont La Presse). Elle accepte le principe. La semaine dernière, elle quittait. Cette semaine, elle accepte de négocier et de payer. »

Effets au Canada ?

Ce changement de cap établira un standard dans l’industrie sur le plan mondial, selon M. Hinds. « Ce sera plus facile [pour le Canada] de négocier, soutient-il. Là, ce n’est plus une question de principe, mais de logistique. »

« Cela dit, Facebook fait la même chose que Google au Québec, soit des ententes à la pièce », ajoute Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal.

Je suis plutôt pour le projet de loi en Australie, mais je comprends les critiques qui disent que de tels projets de loi vont enrichir davantage certains groupes médias.

Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal

Lors d’une conversation, lundi soir, les premiers ministres du Canada et de l’Australie, Justin Trudeau et Scott Morrison, ont convenu de s’assurer que les revenus des GAFAM soient partagés de façon plus équitable avec les médias et les créateurs. « Les discussions en cours entre le gouvernement australien et Facebook sont encourageantes et nous saluons les deux parties dans leur engagement à trouver une solution durable, a dit par ailleurs le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault. De notre côté, nous poursuivons notre travail pour proposer une solution canadienne en collaboration avec nos partenaires internationaux, les parties concernées, les groupes de médias, les experts et les plateformes. Nous devons trouver une solution durable et équitable pour les éditeurs de presse, petits et grands, pour les plateformes numériques, et pour la santé de notre démocratie. »

La solution ne devrait pas passer par un modèle semblable à celui de l’Australie, selon Jean-Hugues Roy. L’approche australienne, basée sur l’entente à la pièce et qui ne garantit pas la production de contenu local, n’est pas parfaite, juge le professeur. « Au Canada, on a déjà le Fonds des médias. On pourrait l’élargir et y mettre l’argent de Facebook au lieu de forcer des ententes individuelles, suggère-t-il. C’est le Fonds qui redistribuerait au mérite et pour des projets concrets. Ce serait une façon de s’assurer que l’argent serve à la production journalistique, localement notamment. »

Avec Joël-Denis Bellavance, La Presse, et l’Agence France-Presse