La chute est brutale pour RDS. La chaîne spécialisée francophone optionnelle la plus populaire a vu ses profits s’évaporer complètement en l’espace de deux ans, dévoilent des relevés financiers rendus publics la semaine dernière par le CRTC.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

En deux ans, RDS est passée d’un bénéfice avant intérêts et impôts de 26,4 millions de dollars à une perte de 161 000 $ lors de l’année qui s’est écoulée entre le 1er septembre 2018 et le 31 août 2019. Les données du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) avaient déjà laissé paraître des signes préoccupants l’an dernier, alors que la rentabilité de RDS avait chuté de moitié, à 13,7 millions.

Comme son rival TVA Sports et la très grande majorité des chaînes spécialisées, RDS fait face à une érosion de plus en plus sévère de ses abonnés. Après en avoir perdu 234 000 l’année précédente, elle a dû dire adieu à 228 000 autres en 2018-2019, soit des reculs respectifs de 8,5 % et 9 %. Le phénomène est similaire chez TVA Sports, où le nombre d’abonnés a successivement reculé de 8,6 % et de 7,6 %.

Les réseaux sportifs anglophones Sportsnet et TSN s’en sont mieux tirés ; ils ont perdu environ 5 % de leurs abonnés au cours de la dernière année.

Ce recul du nombre d’abonnés n’explique toutefois qu’une petite partie du recul du bénéfice de RDS. Ses revenus d’abonnement ont chuté de seulement 1,2 %, ou 1,5 million, en 2019.

Ventes publicitaires écorchées

C’est plutôt du côté publicitaire qu’il faut regarder pour expliquer l’évaporation du bénéfice de RDS. Les ventes y ont cédé 23 %, ou un peu plus de 10 millions. Un phénomène presque identique s’était déroulé chez TVA Sports un an plus tôt. Sur une période de deux ans, les deux réseaux sportifs québécois ont respectivement perdu 24,6 % et 23,3 % de leurs revenus publicitaires.

Au Canada anglais, le phénomène est presque identique chez Sportsnet, mais pas chez TSN, station sœur de RDS, où les revenus ont plutôt progressé lors de chacune des deux dernières années.

Jointe par La Presse, Bell Média, propriétaire de RDS, n’a pas souhaité commenter ces données.

Pour l’ensemble des 18 chaînes spécialisées uniquement francophones les plus populaires, le recul des ventes publicitaires entre 2018 et 2019 a été de 7,4 %, selon un calcul de La Presse.

TVA Sports réduit sa perte

La situation financière de RDS reste toutefois nettement plus favorable que celle de TVA Sports, qui a perdu 17 millions au cours de l’année 2018-2019. Les optimistes noteront toutefois qu’il s’agit d’une amélioration, le réseau ayant perdu 21,8 millions l’année précédente et 39 millions en 2015.

Cette amélioration a principalement été rendue possible par une compression de 4,5 millions dans les dépenses, dont 1,7 million dans la rémunération du personnel. Ses revenus d’abonnement ont augmenté de 0,9 %.

Canal D toujours la plus rentable

C’est encore Canal D, propriété de Bell Média, qui trône au sommet des chaînes spécialisées les plus rentables. Canal Vie, aussi propriété de Bell, se classe au deuxième rang.

L’an dernier, Bell occupait les quatre plus hauts rangs, avec RDS et Super Écran. Cette année, ces deux dernières ont été devancées par deux propriétés de Corus, Historia et Séries Plus.