Pour la première fois depuis le lancement de QUB radio en octobre 2018, Québecor a récemment révélé un chiffre d’auditoire pour sa radio numérique : 1,3 million d’auditeurs du Québec ont syntonisé QUB pendant une période de trois mois au printemps. Des chiffres « très impressionnants », disait Jean-Nicolas Gagné, directeur général de QUB radio, plus tôt ce mois-ci, de « bons résultats comparables avec bien des radios au Québec ». Or, difficile de faire une véritable comparaison, car Québecor ne donne pas le chiffre le plus important en radio : le nombre d’heures d’écoute par semaine, qui permet de calculer les parts de marché, la donnée clé sur laquelle repose le marché publicitaire.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

«  La véritable mesure, ce sont les heures d’écoute, dit Luc Tremblay, vice-président, commercialisation des plateformes numériques chez Cogeco Média, un concurrent de QUB. S’ils [QUB radio] n’ont pas mis le volume d’écoute, on peut présumer qu’il n’est pas intéressant  ». Cogeco Media détient entre autres le 98,5 FM, CKOI, Rythme et Radio Circulation.

Voici un exemple pour distinguer la portée d’écoute et de l’écoute totale. Radio Circulation (environ 900 000 auditeurs uniques sur trois mois) a une portée d’écoute supérieure à ICI Première (824 000 auditeurs uniques sur trois mois). Mais les auditeurs écoutent ICI Première beaucoup plus souvent et beaucoup plus longtemps : ICI Première (3,4 millions d’heures d’écoute par semaine) est 29 fois plus écoutée que Radio Circulation (119 000 heures d’écoute par semaine) *note 1.

QUB huitième sur 10 en portée radio ?

En portée radio, QUB radio se classerait, avec son chiffre de 1,3 million d’auditeurs sur trois mois, au huitième rang sur 10 radios francophones dans la région de Montréal (la comparaison n’est pas parfaite, car le chiffre de QUB radio comprend tous les auditeurs du Québec). QUB radio est disponible sur quatre plateformes : le web, son application, la télé sur Club Illico et les assistants personnels virtuels.

Mais il y a un mais : Québecor ne veut pas préciser si son chiffre de 1,3 million représente bel et bien des auditeurs uniques (comme le fait le reste de l’industrie avec les sondages de la firme Numeris). Québecor n’a pas répondu à cette question précise de La Presse et a décliné notre demande d’entrevue.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Dans son message destiné au grand public, QUB radio parle «  [d’]auditeurs qui ont syntonisé QUB radio partout au Québec  » entre le 24 février et le 24 mai, soit la période des sondages radio Numeris.

«  On ne sait pas de quoi est fait ce 1,3 million. Pour comparer, tout le monde [à la radio] doit être évalué de façon indépendante [par Numeris]  », dit le professeur Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing à l’UQAM.

Plutôt que d’avoir utilisé Numeris, QUB radio indique avoir utilisé les services de Webcast Metrics, Podcast Metrics et Triton Digital. Québecor n’a pas voulu indiquer à La Presse si QUB radio était partenaire de la firme Numeris.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Autre détail : Québecor a choisi de dévoiler un chiffre de portée d’écoute sur trois mois (13 semaines), alors que l’industrie de la radio diffuse habituellement des chiffres de portée d’écoute sur une semaine. Pour comparer QUB avec les autres radios, La Presse a demandé les données de portée d’écoute des autres radios sur cette période inhabituelle de 13 semaines.

L’écoute numérique, une « tendance lourde »

À Radio-Canada, la radio numérique en direct représente 10 % de l’écoute totale en direct de la chaîne ICI Première, en augmentation de trois points de pourcentage depuis six mois (Radio-Canada ne dévoile pas ses chiffres d’écoute numérique en rattrapage.) Sur Ici Musique, la part du numérique est passée de 2 % à 12 % de l’auditoire total en direct depuis un an.

La popularité de la radio numérique a incité Radio-Canada à lancer en novembre dernier sa nouvelle application numérique, OHdio, et à augmenter son offre de balados. «  Il y a un déplacement de l’écoute depuis 10 ans [de la radio traditionnelle vers la radio numérique]  », dit Caroline Jamet, directrice générale Radio, Audio et Grand Montréal, chez Radio-Canada.

L’écoute numérique représente environ 15 % des cotes d’écoute totales du 98,5 FM (Cogeco) à Montréal.

«  L’écoute numérique est une tendance lourde. De plus en plus de gens écoutent la radio sur leur téléphone ou sur l’ordinateur  », dit Luc Tremblay, de Cogeco Média, qui veut élargir son offre de radio numérique à l’automne.

Le « Netflix » de l’audio ?

Dans ce contexte, Québecor veut devenir le «  Netflix de l’audio pour les Québécois  », disait Jean-Nicolas Gagné, directeur général de QUB radio. Québecor a lancé le printemps dernier QUB Musique, sa plateforme d’écoute de musique en continu qui fait concurrence à Spotify.

Pour l’instant, QUB radio ne peut pas être considéré comme un «  joueur dominant  » en radio malgré la force de frappe de Québecor, selon le professeur Bernard Motulsky. «  C’est un joueur non négligeable, mais il n’est pas encore dominant. Son premier défi était d’aller chercher un auditoire autre que confidentiel, ça semble acquis. Il entre [maintenant] dans les ligues majeures de la radio, un monde assez concurrentiel  », dit-il.

Note 1 : Comme la programmation de Radio Circulation a été interrompue durant la COVID-19, les chiffres d’écoute de Radio Circulation sont plutôt ceux de l’automne 2019.

Pourquoi la radio numérique ?

Si Québecor a choisi la radio numérique, c’est notamment parce que les politiques du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) lui interdisent d’avoir une station de radio à Montréal et à Québec. Une même entreprise peut seulement posséder deux des trois médias suivants dans une ville : un quotidien, une station de télé généraliste et une station de radio. Québecor possède déjà un quotidien (Le Journal de Montréal, Le Journal de Québec) et une station de télé (TVA) à Montréal et à Québec.