La « vaste majorité » de la campagne de publicité fédérale de 30 millions de dollars sur les mesures de santé publique relatives au coronavirus sera dépensée dans les médias canadiens, a indiqué mercredi le gouvernement Trudeau.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Pour l’instant, Ottawa n’a pas annoncé de programme d’aide temporaire spécifique aux médias d’information pour compenser la chute importante de leurs revenus publicitaires. Plusieurs médias d’information, dont La Presse, la coopérative de quotidiens régionaux CN2I et Le Devoir, ainsi que la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, demandent la mise sur pied d’un tel programme à Ottawa comme à Québec.

Le ministre fédéral du Patrimoine canadien Steven Guilbeault ne ferme pas la porte à un tel programme d’aide temporaire. « Je suis favorable à ce qu’on trouve des moyens financiers d’aider le secteur des médias qui traverse une passe très difficile, dit-il. Nous sommes bien conscients que les mesures [annoncées mercredi] sont un début, mais pas la fin. Nous travaillons sur une série d’autres mesures que nous espérons annoncer dans un avenir prochain, soit une question de jours ou d’une semaine ou deux. »

Dans l’immédiat, Ottawa dépensera dans les médias canadiens la « vaste majorité » de sa campagne de publicité pour la santé publique, qui coûtera 30 millions de dollars. Ottawa annoncera notamment à la télé, à la radio, dans les journaux et dans les magazines. Le ministre fédéral du Patrimoine canadien Steven Guilbeault a indiqué que cette mesure permettra d’offrir « un peu d’air frais à nos médias ». « Ça aide à compenser en partie la baisse de revenus publicitaires », dit-il. Une partie plus modeste de la campagne sera dépensée sur Google et Facebook, pour rejoindre les Canadiens présents sur ces plateformes numériques.

Le fédéral veut aussi que le nouveau crédit d’impôt pour les médias d’information écrits (25 % du salaire des journalistes jusqu'à un salaire annuel de 55 000 $) puisse leur être versé « le plus rapidement possible ». Au total, les médias d’information du pays doivent recevoir environ 119 millions par an pendant cinq ans par le biais de ce crédit d’impôt. Celui-ci doit commencer pour l’année fiscale 2019, mais aucun argent n’a encore été versé. Le comité indépendant responsable de déterminer quels médias seront admissibles a été formé officiellement seulement mercredi, seize mois après l’annonce initiale du crédit d’impôt par Ottawa.

Le comité indépendant est présidé par Colette Brin, professeure en journalisme et directrice du Centre d’études sur les médias à l’Université Laval. Il est composé de trois professeurs en journalisme et deux dirigeants de médias à la retraite, dont Pierre-Paul Noreau, ancien éditeur du quotidien Le Droit à Ottawa.

Une fois qu’un média se qualifie au crédit d’impôt, Ottawa songe à lui offrir plusieurs options pour recevoir l’argent le plus rapidement possible, notamment qu’une institution financière avance l’argent et que le gouvernement rembourse ensuite l’institution financière. Le ministre Guilbeault dit vouloir trouver la « formule la plus rapide » en temps de crise pour les médias.

Au Québec, la coopérative CN2I, qui publie six quotidiens régionaux, dont Le Soleil à Québec, a vu ses revenus publicitaires chuter de 80 % depuis le début de la crise du coronavirus. CN2I a dû mettre à pied temporairement 134 employés administratifs cette semaine.

Finalement, pour aider les magazines et les périodiques canadiens, Ottawa devance aussi le versement de son programme de financement existant pour les magazines et les périodiques canadiens, qui pourront recevoir leur montant pour l’année 2020-21 au cours des prochaines semaines. Une mesure similaire sera aussi offerte aux les éditeurs de livres dans le cadre du Fonds du livre du Canada.