(Québec) La Confédération des syndicats nationaux (CSN) a assuré, jeudi, avoir fait tout en son possible pour sauver les régimes de retraite déficitaires des travailleurs des journaux du Groupe Capitales Médias (GCM).

Patrice Bergeron
La Presse canadienne

Les retraités accusent la CSN de les avoir sacrifiés pour sauver les employés actuels dans la relance par des coopératives du groupe, protégé de ses créanciers depuis août. Ils déplorent de n’avoir pu être entendus à la dernière assemblée des créanciers.

Les quatre régimes accusent un déficit de 65 millions que le repreneur ne veut pas assumer, au risque de saboter la relance. S’il y a « terminaison » des régimes, il ne recevrait donc plus de cotisations, mais le versement des rentes se poursuit jusqu’à son extinction.

Devant le juge Daniel Dumais de la Cour supérieure au palais de justice de Québec, le syndic Christian Bourque a soutenu que les syndicats ont demandé des quittances dans le plan de relance – ce qui les mettrait à l’abri de poursuites des retraités.

« Contrairement à ce qui a été insinué en cour aujourd’hui (mercredi), jamais la CSN n’a exigé de quittance pour la relance des quotidiens du Groupe Capitales Médias, a tenu à répliquer le directeur du service des communications de la CSN, François L’Écuyer, par voie de courriel. Cette disposition a été proposée par le syndic de faillite dans son plan d’arrangement déposé à la cour le 20 novembre dernier. »

La CSN a assuré avoir examiné toutes les pistes possibles pour renflouer les régimes.

« J’ai travaillé fort pour trouver une solution, mais je n’avais aucune solution à mettre sur la table », a témoigné l’actuaire de la CSN, Nathalie Joncas, après avoir œuvré trois mois sur le dossier.

En mêlée de presse, un des représentants des retraités du journal Le Soleil, Pierre Pelchat, a qualifié de « dégoûtante » la conduite de la CSN dans ce dossier.

Selon lui, la CSN a manqué à son devoir de représenter ses anciens membres et devrait présenter des excuses aux retraités. La CSN représente 10 des 12 unités syndicales des journaux, Unifor représentant les deux autres.

Ces retraités soutiennent que la centrale connaissait les difficultés du régime de retraite dès 2015, lors de la vente des journaux par Power Corporation à GCM et au propriétaire Martin Cauchon, et savait que l’acquéreur ne pouvait supporter le déficit de la caisse de retraite.

Assureur

Le juge Dumais a été pressé d’approuver mercredi le plan de relance tel qu’il est, avec les quittances, parce que l’assurance des administrateurs actuels du groupe venait à échéance à la fin de la journée mercredi, soit jeudi à minuit.

L’assureur refusait de prendre davantage de risques en raison de la restructuration de l’entreprise et au début du processus, il a facturé le gros prix pour trois mois de couverture en assurance responsabilité des dirigeants et administrateurs.

Il a fallu rassurer les présidents et directeurs actuels du groupe qui s’inquiétaient, même si leur responsabilité est limitée, a laissé entendre le président de GCM, Stéphane Lavallée, dans un entretien. Certains menaçaient même de partir.

« Tous les dirigeants vont être sur leurs gardes », a-t-il commenté, en ajoutant qu’ils ne prendront pas de décision majeure entre-temps. Cependant des assurances professionnelles continuent de couvrir les entreprises et les journalistes.

Il restait des témoignages à entendre et l’audience va se poursuivre jeudi.

« Il est clair que personne ne les veut, les régimes de retraite », a pour sa part assuré Jasmine Beaulieu, de Retraite Québec, qui a suivi le processus en cours actuellement.

Les retraités risquent de perdre 30 % de leurs rentes si la relance du groupe est entérinée par la Cour supérieure.

Devant le juge Dumais, le syndic Christian Bourque a indiqué que le plan déposé par les coopératives est le seul possible.

Il n’y a pas d’autre solution et personne ne s’est bousculé pour faire des offres, selon ce qu’il a affirmé.

« C’est un peu une fatalité. Il n’y a pas d’alternative. Ce qu’on a devant nous, c’est le mieux qu’on peut avoir. »

Il a vanté la collaboration des parties qui devaient agir vite dans cette tentative de sauvetage. C’est sans précédent dans ses 30 années de carrière de syndic, a-t-il déclaré devant le juge.

« C’est la première fois que je vois quelque chose de semblable, une célérité, une collaboration. Il y avait (pourtant) du vent de face, du vent de côté. Il y a eu une mobilisation exceptionnelle dans ce dossier. »

Réaction de Legault

Le premier ministre François Legault affirme de son côté que le gouvernement ne peut rien faire pour aider les retraités de GCM, mais dit souhaiter examiner comment il serait possible de prendre des mesures pour qu’une telle situation ne se reproduise pas dans l’avenir.

« On ne veut pas s’ingérer dans des cas passés, rétroactifs, d’entreprise privée », a-t-il indiqué, ajoutant qu’il trouve « épouvantable » la situation dans laquelle se retrouvent aujourd’hui les retraités de GCM.

« C’est pour ça que je dis : est-ce qu’on pourrait trouver des moyens de s’assurer qu’à l’avenir, les placements qui sont faits pour les fonds de pension soient mieux gérés ? Que quand on s’engage sur des rentes futures, qu’on ait quelqu’un chaque année qui s’assure qu’on est dans la bonne direction, qu’on ne se retrouve pas avec des déficits ? »

Rappelons que GCM publie Le Soleil, Le Quotidien, Le Nouvelliste, La Tribune, la Voix de l’Est et Le Droit. GCM est un client de La Presse canadienne.