Un message commun émanait déjà hier des représentants qui sont venus témoigner à la commission parlementaire sur l’avenir des médias d’information : il y a urgence d’agir pour éviter que le Québec soit parsemé de « déserts médiatiques ».

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Le « syndrome du survivant »

PHOTO ERICK LABBÉ, LE SOLEIL

Marie-Ève Martel

La journaliste de La Voix de l’Est Marie-Ève Martel a ouvert le bal, hier, en rappelant aux députés qu’« à l’heure actuelle, ce sont presque tous les médias québécois qui risquent de disparaître ». Ses collègues au journal détenu par Groupe Capitales Médias (qui recherche activement un nouveau propriétaire) gardent toutefois le moral. « On se trouve devant une grande vague et on ne sait pas ce qui va arriver de l’autre côté », a-t-elle dit. Entre-temps, ceux qui restent ont parfois le « syndrome du survivant », alors que le métier se précarise. En 2013, lorsqu’elle est arrivée à La Voix de l’Est, la salle de rédaction comptait 21 journalistes. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 14, dont la moitié ont le statut de surnuméraire.

Gare aux « déserts médiatiques »

Mme Martel est catégorique : il est important que Québec agisse avant que la province compte des régions transformées en « déserts médiatiques ». Pascale St-Onge, présidente de la Fédération nationale des communications (FNC), a porté ce même message. « Il y a malheureusement des endroits où il n’y a plus de journalistes pour couvrir les mairies et les assemblées publiques », a rappelé la syndicaliste, hier. Selon Patrick White, professeur à l’École des médias de l’UQAM, les mesures d’aide du gouvernement Legault devront aussi servir aux journaux hebdomadaires, durement touchés par la crise des médias. Sinon, a-t-il prévenu, il ne pourrait rester au Québec que le réseau de Radio-Canada et TVA Nouvelles d’ici quelques années.

Que faire des GAFAM ?

PHOTO ERICK LABBÉ, LE SOLEIL

Isabelle Melançon

Les parlementaires ont abondamment parlé des GAFAM, acronyme fréquemment utilisé pour désigner les géants américains du web, qui accaparent une majorité écrasante des revenus publicitaires numériques au pays. Les partis de l’opposition ont déploré que ces entreprises (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft, entre autres) n’aient pas été invitées à venir témoigner à l’Assemblée nationale. Selon des calculs de la députée libérale Marwah Rizqy, Ottawa aurait pu récolter près de 86 millions de dollars s’il avait imposé en 2018 une taxe sur les revenus de Facebook. « Si le gouvernement fédéral décide de laisser sur la table un pan complet [de la] culture québécoise, il faut aller chercher [ces pouvoirs] », a dit la porte-parole libérale en matière de communications, Isabelle Melançon. Cette revendication de taxer les GAFAM a également été appuyée par la CSN et la FTQ, présents hier en commission, tout comme par les autres partis de l’opposition.

Des journalistes qui ne sont pas des « bébés gâtés »

Le Syndicat des travailleurs de l’information de La Presse (STIP) – dont fait partie l’auteur de ce texte – a rappelé hier aux parlementaires l’impact des enquêtes et des reportages des journalistes québécois sur la vie culturelle et politique de la province. Le STIP a également appuyé les mesures mises de l’avant par la FNC et la CSN, qui préconisent d’abord et avant tout une mesure d’urgence transitoire en accordant un crédit d’impôt de 25 % sur la masse salariale globale des entreprises de presse. Entre-temps, a rappelé le STIP, les journalistes ne sont pas les « bébés gâtés » qu’on dépeint parfois. À La Presse, a-t-on rappelé, « un journaliste reçoit [à ses débuts] un salaire de 50 000 $. Après 10 ans de carrière, ce salaire atteint 88 000 $, la cime de l’échelon salarial. Ces salaires sont comparables à ceux des enseignants du secondaire au Québec ».