Bay Street adopte une approche attentiste devant le plan présenté vendredi par les dirigeants de la Banque Laurentienne, préférant voir comment la direction parviendra à mettre en œuvre sa stratégie avant d’afficher plus de confiance.

La stratégie dévoilée place les services bancaires commerciaux (financement d’équipement et d’inventaires notamment) comme moteur de croissance et mise sur des services aux particuliers notamment axés sur le numérique.

Ce plan renouvelé reste proche du diagnostic établi par la précédente équipe de direction, commente l’analyste Meny Grauman, de la Scotia. « La différence se situe du côté des services aux particuliers, où la banque envisage de lancer une stratégie numérique hybride axée sur une offre de produits à faible coût ou sans frais. »

Les services aux particuliers doivent devenir plus efficaces, affirme cet expert, en ajoutant que la transformation envisagée s’accompagne d’importants besoins d’investissements en technologie et en marketing.

« C’est un plan crédible, mais il comporte un risque d’exécution important en ce qui concerne les services bancaires aux particuliers », souligne Meny Grauman dans une note envoyée à ses clients lundi.

Plan logique

Pour Paul Holden, de la CIBC, le nouveau plan stratégique de la Laurentienne est très logique et, au fond, pas si différent du plan précédent. Le plan, dit-il, continue à mettre l’accent sur la croissance des services commerciaux – secteur qu’il qualifie de poule aux œufs d’or pour la banque – et tente de remédier à la baisse de rentabilité des services aux particuliers.

« Ce qui change, c’est l’approche adoptée pour redresser ce segment d’affaires. » Compte tenu des échecs passés des précédents PDG, il faudra attendre et voir comment les choses évoluent, croit-il.

L’exécution sera loin d’être simple, ajoute Paul Holden, étant donné l’ampleur du travail et des investissements nécessaires pour redresser les services aux particuliers dans un environnement « hautement concurrentiel ».

Darko Mihelic, chez RBC, affiche lui aussi un certain scepticisme par rapport aux services aux particuliers. « La conquête de clients et de parts de marché avec une offre en ligne sera difficile. »

Mike Rizvanovic, de la firme Keefe, Bruyette & Woods, abonde dans le même sens que ses collègues. « Toute réévaluation significative de l’action prendra du temps et dépendra exclusivement de l’exécution ».

Sur la dizaine d’analystes assurant le suivi de la Laurentienne, il n’y a toujours aucune recommandation d’achat.

Après avoir cédé 6,5 % de sa valeur vendredi, l’action de la Banque Laurentienne a gagné 2 % durant la première séance de la semaine.

Remaniement

Le plan stratégique présenté par la Laurentienne arrive après un remaniement de l’équipe de direction à l’automne après une panne de système d’une semaine.

Une mise à jour de routine ayant mal tourné à la fin de septembre avait causé la panne.

La Laurentienne est dirigée par Éric Provost depuis octobre. La direction lui a été confiée après le départ soudain de Rania Llewellyn dans la foulée de la panne et après qu’un examen des options stratégiques s’est terminé en excluant une vente potentielle.

Rania Llewellyn a dirigé la Laurentienne pendant trois ans d’octobre 2020 à octobre 2023. C’est notamment durant cette période que la dissolution du syndicat des employés de la banque est survenue.

Le prédécesseur de Rania Llewellyn à la tête de la Laurentienne – François Desjardins – avait lui aussi quitté son poste de façon subite en juin 2020. La banque avait par la suite été dirigée pendant plusieurs mois par un PDG par intérim avant la nomination de Mme Llewellyn.