L’Autorité des marchés financiers (AMF) a lancé, lundi, une « mise en garde » formelle au sujet de fraudes qui se multiplient dans le secteur des cryptomonnaies. De nombreux Québécois qui espéraient faire un profit rapide sur le web ont plutôt perdu des milliers de dollars ces derniers mois.

Publié le 18 janvier
Maxime Bergeron
Maxime Bergeron La Presse

Les criminels ciblés par l’AMF et ses partenaires des autres provinces sont très actifs sur les réseaux sociaux comme TikTok, Facebook ou Instagram. Ils font miroiter des investissements faciles dans les « cryptoactifs » – par exemple, les bitcoins – dans des publicités aux apparences très légitimes.

Les « conseillers financiers » malfaisants prennent souvent leur temps pour établir un lien de confiance avec leurs victimes, explique en entrevue Christian Desjardins, directeur de l’évaluation et du renseignement à l’AMF. Une fois le contact établi, les investisseurs sont invités à convertir des fonds en cryptodevises et à les transférer sur un site web tiers pour alimenter un « compte ».

« Ils vont commencer à faire miroiter des rendements intéressants et, dans certaines circonstances, vont même rembourser un petit montant pour essayer d’inciter les investisseurs à investir encore plus, précise M. Desjardins. Puis, à un moment donné, le fraudeur part avec l’argent et arrête de répondre aux appels. »

De nombreux investisseurs floués ont perdu des milliers, voire des centaines de milliers de dollars dans ces stratagèmes frauduleux. Le nombre de signalements faits à l’AMF concernant de possibles fraudes dans les cryptomonnaies a explosé, passant de 26 en 2019 à 33 en 2020, puis à 297 l’an dernier, a appris La Presse.

« Le train des cryptos »

Les Autorités canadiennes en valeurs mobilières, qui regroupent les organisations de toutes les provinces, dont l’AMF, tiennent à offrir un sérieux avertissement aux Canadiens intéressés par les cryptomonnaies. Les aspirants investisseurs s’exposent à des fraudes non seulement sur les réseaux sociaux, mais aussi par message texte, par courriel et par téléphone.

« [Les fraudeurs] ciblent les investisseurs souhaitant embarquer au plus vite dans le train des cryptoactifs et exploitent leur crainte de passer à côté d’une occasion unique, souligne-t-on. Les investisseurs peuvent être induits en erreur par l’argumentaire convaincant et l’aspect professionnel des sites web frauduleux. »

Les Autorités canadiennes en valeurs mobilières ont identifié plus de 800 firmes et individus qui pratiquent illégalement le courtage ou fraudent carrément les consommateurs, comme EliteFx Trader Inc., All Crypto Trades ou Axes Prime Ltd.

Consultez la liste complète des 800 firmes et individus sous la loupe de l’AMF

La vaste majorité de ces fraudes proviennent de l’extérieur du Canada, indique Christian Desjardins. Si l’AMF collabore avec les autorités des autres pays, il reste extrêmement difficile de suivre la « trace » des sommes injectées en cryptomonnaies dans ces stratagèmes par des Canadiens. La majorité ne reverra jamais la couleur de son argent.

Le « Far West »

L’AMF essaie aussi depuis quelques mois de sensibiliser les jeunes aux aléas des cryptomonnaies avec une campagne publicitaire diffusée entre autres sur YouTube et TikTok. Certaines réactions ont été très négatives, voire « violentes », confie Sylvain Théberge, directeur des relations médias de l’organisme.

Visionnez la publicité de l’AMF

« Plusieurs jeunes ne comprennent pas pourquoi l’Autorité intervient là-dedans, nous disent de nous mêler de nos affaires et qu’ils sont libres de faire ce qu’ils veulent avec leur argent. »

L’AMF entend poursuivre ses efforts d’éducation pour informer les jeunes – et moins jeunes – investisseurs des risques réels de confier leurs investissements à des firmes qui ne sont pas dûment enregistrées.

« Il faut absolument, et c’est le but de la mise en garde d’aujourd’hui, faire cet appel aux investisseurs, au public en général, pour leur dire que ceux qui s’intéressent aux cryptoactifs sont sur un terrain extrêmement fertile pour la fraude, fait valoir Sylvain Théberge. C’est le Far West présentement. »

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