Pour la deuxième journée d’affilée, les prix de référence du pétrole brut sur les principaux marchés internationaux ont bondi de plus de 3 %, vendredi, pour atteindre leurs plus hauts niveaux en près de deux ans.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Ce vif rebond survient après que l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) et des alliés ont surpris les marchés, jeudi, avec la décision de maintenir leur réduction de production alors que l’économie mondiale et la demande de pétrole se redressent de la crise de pandémie.

Aux États-Unis, les prix sur le marché pétrolier ont aussi été stimulés par la publication, vendredi, du rapport mensuel sur le marché du travail, qui montre que l’économie américaine a créé plus d’emplois que prévu en février.

« Du point de vue des négociants en pétrole, ce rapport sur l’emploi montre que les Américains sont plus près d’un comportement de consommation d’avant-pandémie, ce qui devrait engendrer une forte résurgence de la demande de carburants et de produits pétroliers », a indiqué Edward Moya, analyste principal du marché chez OANDA à New York, à l’agence d’informations financières Reuters.

Vendredi, les prix des contrats à terme sur le pétrole brut américain WTI (West Texas Intermediate) ont dépassé 66 $ US le baril, à leur plus haut depuis avril 2019.

Quant au pétrole de catégorie Brent, plus influent sur les marchés outre-mer, les prix des contrats à terme se sont rapprochés du niveau des 70 $ US le baril.

Pour la semaine, le prix du pétrole Brent a augmenté de près de 4 %, ce qui constitue une septième semaine de hausse d’affilée.

Aux États-Unis, le prix du pétrole WTI a augmenté d’environ 7 % cette semaine, après avoir gagné près de 4 % la semaine dernière.

Au Canada, l’indice sectoriel des titres de l’énergie à la Bourse de Toronto – une composante majeure de l’indice de marché S&P/TSX – a rebondi vendredi de 3 % à son plus haut niveau depuis février 2020.

De plus, ce rebond survient après que les principaux producteurs de pétrole des sables bitumineux de l’Ouest canadien ont annoncé qu’ils mettraient au ralenti près d’un demi-million de barils par jour en capacité de production au cours du mois d’avril.

Resserrer l'approvisionnement

De l’avis d’analystes, ce ralentissement contribuera à resserrer davantage les approvisionnements pétroliers au cours des prochaines semaines, ce qui ajoutera de la pression haussière sur les prix de référence.

D’ailleurs, les automobilistes et les camionneurs ressentent déjà la forte remontée des prix du pétrole depuis quelques semaines.

Dans les régions métropolitaines de Montréal et de Québec, notamment, le prix de l’essence à la pompe est au seuil de 1,30 $ le litre, à son niveau le plus élevé depuis plus d’un an, selon le relevé Info-Essence de CAA-Québec.

De l’avis de Giovanni Staunovo, analyste pétrolier de la firme européenne UBS, « l’OPEP et ses alliés ont opté pour une approche prudente, se limitant à une augmentation de la production de seulement 150 000 barils par jour en avril, alors que les intervenants du marché pétrolier anticipaient une augmentation de 1,5 million de barils par jour ».

Par conséquent, a indiqué M. Staunovo à l’agence Reuters, « le marché pétrolier a été surpris que l’Arabie saoudite décide de maintenir sa réduction de production d’un million de barils par jour jusqu’en avril en dépit de la remontée des prix du pétrole depuis deux mois, au fil de la reprise de l’économie et des progrès de la vaccination contre la COVID-19 dans le monde entier ».

« La stratégie de gestion des approvisionnements de l’OPEP et de son membre le plus influent, l’Arabie saoudite, fonctionne en raison de son caractère inattendu et soudain », constate Damien Courvalin, analyste du marché pétrolier chez Goldman Sachs, dans une note citée par le média d’informations boursières Barron’s.

Les prix du pétrole ont augmenté de 25 % depuis le 5 janvier, lorsque l’Arabie saoudite a décidé de réduire sa production d’un million de barils supplémentaires. Mais depuis, les stocks excédentaires de pétrole qui s’étaient accumulés dans les réservoirs pendant la pandémie commencent à se vider. Aussi, l’offre et la demande de pétrole se rééquilibrent plus rapidement que prévu.

Damien Courvalin, analyste du marché pétrolier chez Goldman Sachs, dans une note citée par le média d’informations boursières Barron’s.

D’ailleurs, depuis deux jours, nombre d’analystes du marché pétrolier ont revu à la hausse leurs anticipations de prix à la suite de la décision de l’OPEP et de ses alliés de limiter considérablement la remontée de leur volume de production.

Aux États-Unis, les analystes de Goldman Sachs ont relevé leurs prévisions de prix du pétrole Brent de 70 $ US à 75 $ US le baril au cours du deuxième trimestre (avril, mai, juin), et jusqu’à 80 $ US le baril au troisième trimestre (juillet, août, septembre).

Chez Citigroup, les analystes ont signalé que le brut pourrait dépasser les 70 $ US d’ici la fin du mois de mars.

En Europe, les analystes d’UBS ont relevé leurs prévisions de prix du pétrole pour le second trimestre à 75 $ US le baril pour le Brent, et à 72 $ US le baril pour le WTI américain.

— Avec l’Agence France-Presse, Bloomberg News, Refinitiv/Reuters, Barron’s