(New York et Toronto) La Bourse de New York a conclu désorientée et sans conviction vendredi, le NASDAQ étant le seul indice à récupérer une mince partie des lourdes pertes de la veille, provoquées par des craintes d’inflation qui rendent les marchés nerveux.  

Agence France-Presse et La Presse Canadienne

Selon des résultats définitifs à la clôture, le Dow Jones a terminé en baisse de 1,50 % à 30 923,37 points. Le NASDAQ, à forte coloration technologique, a avancé de 0,56 % à 13 192,34 points après la chute de 3,52 % essuyée la veille. Le S&P 500 a lâché 0,48 % à 3811,15 points.

La Bourse de Toronto a clôturé en baisse, tirée vers le bas par les actions des sociétés minières et énergétiques, ainsi que le secteur de la finance, pendant que les investisseurs surveillaient la tendance des obligations et des taux d’intérêt.

L’indice composé S&P/TSX du parquet torontois a perdu 163,28 points pour terminer la séance avec 18 060,26 points.

Sur le marché des devises, le dollar canadien s’est négocié au cours moyen de 78,83 cents US, en baisse par rapport à son cours moyen de 79,81 cents US de la veille.

La séance de vendredi a marqué un renversement de tendance pour les marchés, a observé Craig Jerusalim, gestionnaire de portefeuille de valeurs canadiennes chez Gestion d’actifs CIBC.

« La technologie est la grande gagnante aujourd’hui au Canada, et Shopify montre la voie », a noté M. Jerusalim. « Et ces entreprises cycliques, comme les sociétés financières […], les actions de l’énergie et des matériaux ont vraiment retraité aujourd’hui. L’or recule de façon assez importante. »

À la Bourse des matières premières de New York, le cours de l’or a perdu 46,60 $ US à 1728,80 $ US l’once, tandis que celui du cuivre a plongé de 17 cents US à 4,09 $ US la livre. Le cours du pétrole brut a pour sa part effacé 2,03 $ US à 61,50 $ US le baril.

M. Jerusalim a noté que, alors que le rendement des bons du Trésor américain de 10 ans a « pris une pause » après sa récente croissance, les secteurs cycliques — la finance, l’énergie et les matières premières — ont également « repris leur souffle » vendredi.

Les sociétés financières ont vu leurs actions perdre plus de 1 % vendredi, tandis que les actions énergétiques ont baissé de près de 2 % et que les actions des matériaux, incluant celles des minières, ont chuté de plus de 3 %.

Mais selon M. Jerusalim, malgré ce recul d’une journée pour certaines actions, « pour l’investisseur patient qui vise le long terme, il y a encore de nombreuses raisons de rester optimiste ».

« Nous terminons cette saison de résultats et, pour la plupart, les données fondamentales rapportées stimulent la performance des actions », a déclaré Jerusalim.

« De nombreuses entreprises ont dépassé les attentes, ce qui a renforcé la confiance. Dans l’ensemble, les entreprises semblent bien performer et se diriger vers un exercice 2021 plus vigoureux. »

Il y a eu de courtes poussées de volatilité sur le marché boursier, a ajouté M. Jerusalim, soulignant que « certaines actions ciblées par les “meme”, les GameStop et les AMC de ce monde, ont semblé tenter leur chance de nouveau cette semaine ».

Mais selon le gestionnaire de portefeuille, les investisseurs ont également des raisons de s’attendre à une période de croissance mondiale potentielle.

« Lorsqu’on prend du recul et qu’on pense au retour au travail de tout le monde, à l’atteinte de l’immunité collective et au déploiement des vaccins, il y a tellement de demandes refoulées du côté des consommateurs, qui veulent sortir et dépenser », a affirmé M. Jerusalim.

Santé Canada a autorisé vendredi le vaccin d’AstraZeneca, dont un premier demi-million de doses sera expédié au Canada la semaine prochaine.

« On s’attend à ce que le Canada atteigne l’immunité collective un peu après les États-Unis. Mais en général, ce qui est bon pour les États-Unis est bon pour le Canada, puisqu’il s’agit de notre principal partenaire commercial », a noté M. Jerusalim à propos du sentiment du marché vis-à-vis des nouvelles sur les vaccins.

« Le Canada réussit généralement bien pendant cette période de croissance mondiale synchronisée, en raison du pétrole, du gaz naturel et des matériaux — et de la nature cyclique de la Bourse de Toronto. »

Séance agitée

Les actions américaines ont clôturé une séance agitée, la dernière du mois, « alors que les marchés restent nerveux après leur chute remarquée jeudi quand les rendements des bons du Trésor ont grimpé en flèche », ont souligné les analystes de Schwab.

Sur la semaine, les indices ont mordu la poussière : le Dow Jones a perdu 1,78 %, le NASDAQ presque 5 % et 1,83 % pour le S&P 500.

Les titres des secteurs dits de croissance, comme ceux de la technologie, avaient été très affectés jeudi par la hausse des rendements obligataires, qui implique celle des emprunts dont ils ont besoin pour financer leur croissance.  

Vendredi, alors que l’évolution des taux sur les bons du Trésor à 10 ans s’est un peu apaisée à 1,4032 % vers 16 h 30 au lieu de 1,5199 % à la clôture la veille, les titres de la tech ont rebondi.

« Mais la conviction semblait manquer », a-t-on souligné chez Schwab.

Au rang des bonnes nouvelles pour l’économie, les revenus des ménages américains ont bondi de 10 % en janvier par rapport à décembre, une hausse exceptionnellement élevée du fait du plan de relance accordé en décembre.

Leurs dépenses ont aussi affiché un progrès de 2,4 % tandis que le taux d’épargne grimpe à plus de 20 %.

La hausse des prix, selon l’indice PCE, le baromètre le plus suivi par la Fed, s’est inscrite à 0,3 % en janvier, contre +0,2 % attendu, soit 1,5 % sur un an, encore loin de l’objectif de la Fed de 2 %.

Généreux cocktail de stimulus

Autant de données qui présagent un boom des dépenses et de l’économie au printemps, mais qui ne sont pas de nature à calmer les craintes d’inflation.

« Pour l’avenir, nous prévoyons que le cocktail de généreux stimulus budgétaire du plan de soutien et l’amélioration des conditions sanitaires vont alimenter une explosion des dépenses de consommation », a affirmé Lydia Boussour, économiste pour Oxford Economics.

Vendredi soir, le gigantesque plan de soutien à l’économie voulu par Joe Biden, d’un montant de 1900 milliards de dollars, devait être soumis à un vote à la Chambre des représentants, avant d’être présenté au Sénat.

Parmi les actions du jour, le titre du revendeur de jeux vidéo GameStop s’est replié (-6,43 %) après deux jours de volatilité à la hausse.

Aux côtés de quelques autres actions plébiscitées par des investisseurs amateurs (AMC, BlackBerry, Bed, Bath & Beyond…), la chaîne de magasins de jeux vidéo avait été au cœur de la fièvre spéculative qui a animé Wall Street fin janvier.

La SEC a d’ailleurs pris vendredi des mesures pour juguler d’autres tentatives de spéculation sur une kyrielle de petits titres. Le gendarme de la bourse a ainsi suspendu les échanges sur une quinzaine de titres « en raison d’activité douteuse sur le plan des échanges et sur les médias sociaux », a indiqué un communiqué.

La compagnie de tourisme spatial Virgin Galactic a plongé de presque 12 % après avoir repoussé un prochain vol test dans l’espace.

Le fabricant végétalien Beyond Meat a gagné 1,20 % à 145,48 dollars après avoir annoncé des partenariats avec McDonald’s et PFK.