(Montréal) La poussée du cours des cryptomonnaies comme le Bitcoin n’est pas passée inaperçue chez Hydro-Québec, les « mineurs » ayant fait preuve d’un plus grand appétit énergétique, ce qui lui a permis d’accroître ses revenus tirés auprès de ces entreprises.

Julien Arsenault La Presse Canadienne

En décembre dernier, la consommation de ce secteur s’est élevée à 100 gigawattheures (GWh) — la consommation mensuelle d’environ 65 000 résidences unifamiliales —, en hausse d’approximativement 10 % comparativement au mois précédent.

« On a remarqué un pic pour l’appel de puissance, mais à partir des clients déjà existants, a expliqué un porte-parole de la société d’État, Jonathan Côté. Cela semble être un effet de la hausse du Bitcoin. »

Le Bitcoin, de plus en plus considéré comme un actif financier, a fracassé des records pour terminer l’année 2020 aux alentours de 37 000 $ CAN, et ce, même s’il a touché un plancher oscillant aux alentours de 6700 $ CAN en mars. Jeudi, la monnaie virtuelle se négociait à près de 47 500 $.

Les centres de cryptominage sont essentiellement de vastes espaces hébergeant des milliers de petits ordinateurs conçus pour réaliser des milliards de tentatives par seconde pour confirmer les transactions, ce qui explique la consommation élevée d’énergie.

L’an dernier, ce secteur a permis à Hydro-Québec de générer des recettes de 60  millions, ce qui constitue une progression annuelle de 7 %.

« Ce qu’on peut dire, c’est que l’industrie s’est taillé une bonne place », a dit M. Côté, en ajoutant que la société d’État n’anticipait pas une augmentation marquée pour de nouvelles demandes de branchement.

Hydro-Québec attend par ailleurs une décision de la Régie de l’énergie qui devrait définir l’encadrement du secteur de la cryptomonnaie.

À l’heure actuelle, la puissance disponible pour cette industrie se situe aux alentours de 400 mégawatts (MW) — 210 MW dans les réseaux municipaux et 190 MW sur le réseau d’Hydro-Québec.

« Il demeure qu’il s’agit d’une industrie volatile dont la pérennité n’est pas assurée, ce qui nous incite à la prudence quant au développement de ce segment de clientèle », a souligné M. Côté.

Plus intéressant

Au Québec, Bitfarms, dont les actions se négocient à la Bourse de croissance TSX, exploite cinq centres de cryptominage et est notamment très présente à Sherbrooke, où elle a conclu une entente entourant une garantie d’approvisionnement de 98 MW avec Hydro-Sherbrooke.

S’il anticipait une remontée du Bitcoin, le président de la compagnie, Geoffrey Morphy, ne s’attendait pas à ce qu’elle survienne à la fin de 2020. Bitfarms n’utilise pas toute la puissance à sa disposition, ce qui ne l’empêche toutefois pas d’investir dans ses installations.

« Nous continuons à renouveler nos (ordinateurs) pour les rendre plus efficaces, a-t-il dit au cours d’un entretien téléphonique. Nous en obtenons plus avec la même énergie consommée. »

Bitfarms, dont le siège social est à Toronto, mais qui compte 80 employés à temps plein dans la province, étudie actuellement la possibilité d’ajouter un sixième centre, qui pourrait être implanté au Québec.

Malgré les fluctuations, les niveaux actuels sont intéressants pour continuer à croître, a souligné M. Morphy, en précisant que la facture énergétique annuelle de la compagnie était d’environ 23  millions.

« Si (la valeur du) Bitcoin était à 15 000 $ US, la rentabilité ne serait pas fameuse, a-t-il relaté. Mais tout ce qui est supérieur à ce niveau est intéressant. »

Bruit constant

S’ils représentent une source de revenus pour Hydro-Québec et les autres réseaux municipaux, les centres de cryptominage, avec leurs ordinateurs qui fonctionnent généralement 24 heures par jour et sept jours par semaine, peuvent réserver de mauvaises surprises aux résidants s’ils se trouvent à proximité. De grands ventilateurs sont nécessaires pour maintenir les installations au frais en raison de la chaleur produite par les installations.

À Sherbrooke, l’usine de Bitfarms située sur la rue de la Pointe et dont les activités ont débuté en 2019, a été montrée du doigt à maintes reprises par certains résidants du quartier. Après des années de démarches, Marcel Cyr, porte-parole du groupe de citoyens pour le retour au silence, espère qu’un dénouement surviendra bientôt dans le dossier.

« Le bruit est toujours dérangeant, a raconté M. Cyr, au bout du fil. Je marchais sur une piste à environ 1 kilomètre de l’usine et on l’entend toujours. »

Au fil des plaintes et des rencontres avec les autorités locales, Bitfarms a érigé un mur antibruit, qui a été modifié à plus d’une reprise. Toutefois, le problème entourant le bruit persiste toujours.

Un dénouement pourrait toutefois poindre à l’horizon. À la suite de vérifications effectuées par Sherbrooke et Québec, l’entreprise devra présenter un plan d’action d’ici la fin du mois pour détailler, de manière précise, comment le problème sera réglé.