« Il ne faut pas se le cacher, ce n’est plus le temps de vendre », lance Philippe Pratte, président et chef des investissements chez Pratte Gestion de portefeuilles.

Richard Dufour Richard Dufour
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« Je suis acheteur après tous les stimuli annoncés. » Malgré son optimisme, il s’attend néanmoins à ce que le marché se replie d’environ 8 % pour mieux repartir à la hausse. « Il est difficile de savoir si on va avoir une reprise en V. Ça dépend de la longueur de la quarantaine. »

La progression des indices boursiers nord-américains s’est poursuivie mercredi. Après une poussée de 12 % mardi, le TSX a monté de 4,5 % mercredi. C’est la première fois que le principal indice de la Bourse de Toronto enregistre deux séances positives consécutives depuis le 20 février. Le titre du franchiseur montréalais a notamment explosé de 23 % mercredi et celui d’Air Canada, de 16 %.

À New York, la moyenne industrielle Dow Jones a gagné 2 % après avoir grimpé de 11 % la veille. Le S&P 500 a de son côté avancé de 1 % mercredi après un bond de 9 % mardi. Ces poussées ont été générées alors que le Sénat américain devait approuver un imposant plan de relance économique visant à contrer les impacts de la COVID-19. Les investisseurs ont semblé perdre un peu d’enthousiasme en fin de séance après que des médias américains eurent rapporté que le sénateur Bernie Sanders menaçait de retarder l’adoption du plan.

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« Ce plan met une patch pour qu’on puisse continuer à opérer sans que la calamité désastreuse se produise. C’est-à-dire que des gens ne puissent plus manger et que des entreprises déclarent faillite de façon désordonnée. C’est un programme temporaire pendant que les gens travaillent de la maison ou sont au chômage », explique François Bourdon, chef des placements global chez Fiera Capital.

Pour ce stratège, le rebond boursier est significatif, en ce sens qu’il stoppe la chute « désordonnée ». Ça dit essentiellement que la Fed et le gouvernement font les bons gestes, ce qui vient mettre un plancher sur le niveau de volatilité, selon lui.

« Ça met un frein au pessimisme galopant et à la peur, précise François Bourdon. Impossible de savoir si ça va repartir à la baisse ou continuer de monter. Mais ça change la direction qui était à la baisse tous les jours avec beaucoup plus de vendeurs que d’acheteurs. »

Maintenant, dit-il, les marchés vont se concentrer sur le retour à la vie normale. « Quand y aura-t-il un retour ? Quel genre de retour ? Quand la santé des gens ne sera plus mise en doute ? Quand verra-t-on le sommet des nouvelles contaminations ? »

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Les prochaines semaines amèneront leurs lots de mauvaises nouvelles, prévient de son côté le gestionnaire de portefeuille Cimon Plante, de la Financière Banque Nationale. « Bien que je sois heureux de voir la montée actuelle, il faut rester réaliste. On va continuer à virevolter. Il y aura d’autres baisses. Cependant, le rebond donnera probablement plus de courage aux investisseurs afin d’acheter les creux, sachant qu’il y a un potentiel de faire un bon profit. »

À cet effet, Philippe Pratte souligne avoir, par exemple, acheté des actions de la Banque de Montréal au cours de 57 $ en début de semaine. « Ce prix donnait un rendement de 8 % sur le dividende. Ce genre d’opportunités n’avait pas été vu depuis 2008 », dit-il. « Et à l’époque, il manquait de gaz dans le réservoir. Le PIB se contractait et les taux montaient. Le contexte est différent aujourd’hui. L’économie roule et les taux baissent. Il ne manque pas de gaz en ce moment. Le problème, c’est qu’il y a quatre crevaisons ! »

Pour François Bourdon, il y a en ce moment toujours autant de risques à la hausse qu’à la baisse. « D’ici un an et demi, la vie reprendra son cours normal. Il faut voir comment on se retrouvera de l’autre côté. Est-ce une période de deux ou trois mois avec un retour au travail progressif mais musclé qui nous attend, ou une période de 12 à 18 mois où il y a un marasme économique, une récession à long terme et des séquelles importantes ? Le marché jongle avec les deux options », dit-il.

« Les secteurs les plus bafoués comme l’énergie et les banques sont peut-être des secteurs où les rendements seront beaucoup plus élevés, mais les entreprises font face à différents risques. Le petit investisseur doit faire son analyse fondamentale. »

Les bourses demandent à Ottawa de revoir son plan d’intervention

Les dirigeants des principales places boursières canadiennes demandent au gouvernement canadien d’envisager d’« importantes » modifications à son plan d’intervention en réponse à la COVID-19 afin de fournir à toutes les PME du pays le « soutien dont elles ont besoin », notamment en ce qui concerne les subventions salariales. Dans une lettre datée du 25 mars adressée au ministre des Finances, Bill Morneau, le chef de la direction par intérim du Groupe TMX soutient qu’un élément du plan d’intervention du gouvernement en réponse à la COVID-19 est inéquitable et mènera à des conséquences négatives pour les entreprises cotées en Bourse. 

« Bien qu’une subvention salariale absolument nécessaire ait été mise à la disposition des petites entreprises pour protéger les emplois, celle-ci est offerte uniquement aux sociétés fermées, aux organismes à but non lucratif et aux organismes de bienfaisance, excluant directement les entreprises inscrites en Bourse et les personnes qui y travaillent », souligne John McKenzie dans sa missive.

« Le plein accès de toutes ces sociétés à la nouvelle subvention salariale et aux autres mesures de soutien est essentiel à l’efficacité à court terme de cette initiative et au succès à long terme de l’économie canadienne », précise-t-il.

John McKenzie note aussi que durant les premières « phases critiques » de leur cycle de croissance, les sociétés ouvertes ne sont pas admissibles au même soutien gouvernemental que celui offert aux sociétés fermées. « Cela constitue malheureusement un problème récurrent que nous avons déjà soulevé par le passé dans des conditions de marché “normales”. Aujourd’hui, les entreprises font face à la menace persistante et sans précédent de la pandémie de COVID-19, et le manque d’équité dans la définition d’une petite entreprise émergente en est d’autant plus amplifié. »

Une lettre datée du 23 mars signée par le grand patron de la Bourse des valeurs canadiennes (CSE), Richard Carleton, demande à Ottawa une modification similaire à son plan d’intervention afin de remédier à une situation « injuste » qui pose un risque « substantiel » et « non nécessaire » pour l’économie canadienne.

Au moment de publier ces lignes, il n’avait pas été possible d’obtenir un commentaire de la part du ministère des Finances.