Malmenée en Bourse depuis une semaine, l’action du franchiseur MTY a rebondi de près de 10 % lundi. L’entreprise a annoncé que les allégations la visant étaient non fondées et a publié ses résultats financiers. Mais ses réponses aux investisseurs ne sont pas suffisantes pour évacuer toutes les inquiétudes, selon l’expert Michel Magnan.

Marie-Eve Fournier
La Presse

Vers 10 h, le titre de l’entreprise montréalaise avait gagné 14 %. Il s’est ensuite replié un peu, avant de clore la séance à 54,25 $, en hausse de 9 %.

Le 14 février, MTY avait annoncé le report de la publication de ses résultats financiers trimestriels en raison des affirmations d’un « prétendu employé lanceur d’alerte ». En deux séances, l’action avait perdu 11 % de sa valeur. Après cinq séances, le recul frôlait les 17 %.

« Nous avons pu confirmer que notre position et nos jugements étaient fondés et par conséquent n’ont eu aucune incidence sur nos résultats et nos états financiers », a déclaré dans un communiqué le président du comité de vérification, Gary O’Connor.

Le document faisait également état des résultats du quatrième trimestre qui devaient être dévoilés le 18 février.

« Incohérence »

« C’est assez curieux qu’en quelques jours, on ait pu conclure que c’était non fondé » alors que c’était assez sérieux pour reporter les états financiers, a commenté Michel Magnan, professeur de comptabilité et titulaire de la Chaire de gouvernance Jarislowsky de l’Université Concordia.

Devant cette « incohérence », et la rapidité de la conclusion, l’expert croit que les investisseurs ont toutes les raisons d’être « perplexes, ni rassurés ni inquiétés ».

MTY a par ailleurs précisé que les sujets évoqués par le délateur avaient été « évalués et traités par le passé ». Surpris par cette affirmation, M. Magnan se demande pourquoi l’entreprise en a parlé publiquement seulement cette fois-ci et pas la première. Il rappelle que des « allégations », par définition, concernent un manque d’éthique ou de conformité.

En somme, l’expert en gouvernance croit que les investisseurs qui avaient confiance en l’équipe de direction de l’entreprise vivront bien avec la situation, tandis que les autres « ne seront pas beaucoup rassurés » par « les réponses pas très limpides » de la haute direction.

Lors d’une téléconférence, le chef de la direction Eric Lefebvre a d’entrée de jeu précisé qu’il ne répondrait à aucune question sur le sujet. Mais la première portait… précisément sur cet évènement aussi énigmatique qu’inhabituel.

Le dirigeant a justifié son refus de préciser la nature des informations reçues en disant qu’elles étaient non fondées. Mais il a fini par dire que « c’était un vaste domaine d’allégations, donc ce n’était pas seulement un sujet ».

Un autre analyste lui a demandé si les services d’une firme externe avaient été requis pour mener l’enquête. M. Lefebvre a refusé de lui répondre.

Une première depuis 2012

Pour le trimestre clos le 30 novembre, MTY a déclaré un profit net de 20,7 millions (0,83 $ par action), en hausse de 56 %. Le chiffre d’affaires a atteint 1,02 milliard, en hausse de 45 % par rapport à la même période un an plus tôt grâce à l’acquisition des pizzerias Papa Murphy’s qui, à elles seules, ont généré 25 % des ventes du trimestre.

Nous avons terminé l’année en force grâce aux cinq acquisitions que nous avons réalisées au cours de l’année, ce qui nous a permis d’atteindre des produits qui sont maintenant répartis presque également entre le Canada et les États-Unis.

Eric Lefebvre, chef de la direction de MTY

Les ventes comparables — établissements ouverts depuis plus d’un an — ont crû de 1,5 %, une performance au-dessus des attentes de la Banque Royale (1,1 %) et de la TD (0,5 %), notamment. Le franchiseur a enregistré sa cinquième hausse de ventes comparables de suite.

Et tandis que l’augmentation s’est chiffrée à 2,5 % au Québec, les ventes comparables en Ontario ont décliné de 1 % « principalement à cause de la faiblesse des ventes dans les centres commerciaux », a indiqué l’entreprise. À l’extérieur de l’Amérique du Nord (Proche-Orient et Asie), la baisse est de 7,6 %.

Pour l’ensemble de l’exercice, les ventes comparables ont augmenté de 0,4 %. « Nous sommes très fiers de cette réalisation, car elle représente la première année entièrement positive des ventes comparables depuis 2012 », a commenté M. Lefebvre.

Le bénéfice net a atteint 77,68 millions (3,08 $ l’action sur une base diluée) sur un chiffre d’affaires de 3,62 milliards (+ 30 %).

Au 30 novembre, le réseau de MTY comptait 7373 établissements, dont 144 exploités par la Société et 7229 franchisés. Plus de la moitié des restaurants (55 %) se trouvent aux États-Unis, 38 % au Canada et 7 % à l’international.