Les actionnaires de l’entreprise d’ingénierie SNC-Lavalin ont connu, mardi, leur meilleure journée en Bourse en presque deux mois après l’annonce d’un autre contrat d’importance dans le marché des centrales d’énergie nucléaire.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

La valeur boursière de SNC-Lavalin s’est élevée de 6 % en cours de séance pour terminer à 32,10 $ par action, avec un volume élevé de 1,1 million d’actions échangées à la Bourse de Toronto.

Il s’agit de la plus haute cote de clôture pour la valeur boursière de SNC-Lavalin depuis le début du mois de mai 2019, et plus du double du creux décennal de 15,50 $ par action atteint en septembre dernier. Cependant, même redressée autour de 32 $ par action, la valeur boursière de SNC-Lavalin demeure inférieure de moitié au sommet de 60 $ par action atteint en juin 2018.

De l’avis d’analystes, ce rebond d’intérêt des investisseurs envers SNC-Lavalin peut être attribué à la série d’annonces de contrats au Canada et à l’international parmi ses divisions et filiales impliquées dans le marché de l’énergie nucléaire.

« SNC a annoncé plusieurs contrats au cours des derniers jours, dont celui de CDI aux États-Unis [un partenariat en démantèlement de centrales] et un autre auprès de Korea Hydro & Nuclear Power. Cette succession de contrats y est sans doute pour quelque chose en Bourse en faveur de SNC », estime Frédéric Bastien, analyste pour la firme d’investissement Raymond James Canada.

« C’est l’impact parmi les investisseurs de ces contrats de SNC dans le marché du nucléaire », constate aussi l’analyste Maxim Sytchev, de la Financière Banque Nationale.

Actionnaires réconfortés

Même encore limité, ce rebond de valeur boursière de SNC-Lavalin s’avère d’un réconfort bienvenu parmi ses principaux actionnaires, après l’épisode désespérant qu’ils ont subi en mi-année 2019.

« Bien que SNC se trouve dans une situation bien moins complexe et moins risquée, son titre demeure extrêmement sous-évalué par rapport aux comparables », affirme le gestionnaire d’actifs Hanif Mamdani, dans une note envoyée à ses clients dans les derniers jours.

Hanif Mamdani est le gestionnaire principal du Fonds à rendement absolu PH&N, de RBC. Ce « fonds alternatif » (fonds de couverture) a investi massivement dans SNC, au printemps dernier, en achetant plusieurs millions d’actions alors que le titre se négociait entre 24 $ et 34 $.

L’investissement de ce fonds a fait de RBC Gestion mondiale d’actifs le plus gros actionnaire de SNC après la Caisse de dépôt et placement.

Les trois principaux actionnaires de SNC sont la Caisse de dépôt (19,9 %), RBC (16,6 %) et Jarislowsky Fraser (10,8 %).

Selon Hanif Mamdani, SNC présente aujourd’hui une rare combinaison de facteurs attrayants pour un investisseur de type « valeur ».

Dans un marché boursier où tout le monde connaît et détient les “bons titres”, SNC est un géant industriel canadien franchement sous-possédé (under-owned).

Hanif Mamdani

« Ajoutez à cela le fait qu’il y a encore un grand nombre d’investisseurs ayant vendu le titre à découvert qui cherchent rapidement à couvrir leurs positions ; un potentiel pour d’autres bonnes nouvelles au plan opérationnel (alors que les contrats clé en main à prix forfaitaire sont terminés sans résultats catastrophiques) ; ainsi que des améliorations au plan de la gouvernance, alors que l’entreprise peut renforcer sa direction et son conseil d’administration maintenant qu’un procès pour fraude et corruption a pu être évité. »

Dans ce contexte, estime Hanif Mamdani, « tous les éléments sont réunis pour une réévaluation boursière à plus long terme de SNC-Lavalin, au fur et à mesure que des investisseurs institutionnels canadiens réexaminent le titre. »

Série de contrats

Mardi matin, SNC-Lavalin a annoncé l’obtention par sa filiale d’énergie nucléaire Candu Énergie de quatre contrats totalisant 22 millions auprès de la société Korea Hydro & Nuclear Power, en Corée du Sud.

Ces contrats d’inspection technique et de mise à niveau en informatique concernent trois des quatre réacteurs de technologie Candu d’origine canadienne qui sont en exploitation depuis une vingtaine d’années à la centrale sud-coréenne de Wolsong.

La veille, lundi, SNC-Lavalin avait annoncé que sa coentreprise Comprehensive Decommissioning International (CDI), établie avec l’entreprise américaine Holtec, a obtenu un « contrat commercial d’une valeur de centaines de millions de dollars » pour la mise hors service et la démolition de la centrale nucléaire Pilgrim, au Massachusetts. Il s’agit d’un deuxième contrat d’envergure pour CDI dans le démantèlement de centrales nucléaires, après celui de la centrale Oyster Creek au New Jersey.

Vendredi dernier, SNC-Lavalin avait annoncé que sa division Atkins, installée en Grande-Bretagne, avait obtenu une prolongation de cinq ans de son contrat d’architecte-ingénieur pour le projet ITER de laboratoire géant en énergie de fusion nucléaire en France, qui regroupe 35 pays.

La veille, jeudi, SNC-Lavalin avait annoncé que sa filiale Candu Énergie avait obtenu trois contrats d’une valeur totale de 34 millions auprès de la société d’énergie nucléaire Bruce Power en Ontario. Ces contrats concernent des travaux d’entretien et de rénovation d’équipements dans trois des huit réacteurs de la centrale Bruce.

Enfin, une semaine plus tôt, le 21 janvier, SNC-Lavalin avait annoncé l’obtention aussi par sa filiale Candu Énergie d’un contrat de 7,3 millions d’euros (environ 10,8 millions de dollars canadiens) en Roumanie pour des analystes techniques sur l’un des réacteurs Candu exploités par la société nationale d’énergie.