Alors qu’Apple dévoilera sa performance de début d’exercice en fin de journée, un gestionnaire d’actifs québécois qui a longtemps vanté les mérites du fabricant de l’iPhone vient de liquider ses actions. La firme Medici nous explique sa décision.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

« C’est purement une question d’évaluation », lance le gestionnaire de portefeuille Aaron Lanni.

« Nous avons graduellement abaissé notre position au cours de la dernière année. Il ne nous restait pas une grosse pondération en fin d’année. »

Aaron Lanni précise que Medici a vendu ses dernières actions d’Apple alors que le titre se négociait aux alentours de 270 $ US à la fin de novembre et au début de décembre.

Medici était actionnaire d’Apple depuis 2011 et soutient avoir acheté ses premières actions d’Apple alors que le titre valait 53 $ US au NASDAQ. La firme calcule qu’Apple lui a procuré un rendement annuel de 31 % lorsque ramené en devises canadiennes.

L’action d’Apple a clôturé à 308 $ US lundi.

« On va tolérer un titre cher jusqu’à un certain point. Mais si on pense qu’on ne peut pas battre le marché à long terme, on va le liquider », dit Aaron Lanni.

« On sera plus tolérant pour un titre surévalué qui a une très bonne croissance, car il peut quand même bien faire. Dans le cas d’Apple, la croissance ressemble plus à celle d’une entreprise mature. »

Chez Medici, l’iPhone est perçu comme un produit qui va croître au rythme du PIB (produit intérieur brut) plus l’inflation, donc de 3 à 5 % par année. La firme estime que les services et dispositifs mobiles et portables (AirPods, Apple Watch) – qui représentent environ 30 % des revenus d’Apple – peuvent générer une croissance de 15 à 20 %.

PHOTO FOURNIE PAR MEDICI

Aaron Lanni est analyste en investissement au sein de la firme de gestion de portefeuille Medici.

Au total, ça donne environ 7 % de croissance consolidée par année.

Aaron Lanni

Les investisseurs doivent aussi tenir compte des rachats d’actions. « Mais en ce moment, Apple est en train de vider son encaisse avec les rachats d’actions », lance Aaron Lanni.

« L’ennui, c’est que le titre est rendu cher, ce qui rend les rachats moins avantageux », dit-il.

Tout ça pour dire que selon Medici, Apple n’est pas une entreprise qui va enregistrer une croissance de 20 à 25 % par année. « C’est plutôt 7 % de croissance de base plus les rachats d’actions. »

Le gestionnaire de portefeuille indique qu’arrivé à une certaine évaluation, il faut tenter de calculer le rendement potentiel pouvant être généré par rapport au potentiel à la baisse en cas d’une contraction du multiple d’évaluation. « C’est là que le ratio risque-récompense devient moins intéressant. C’est plate, car c’est une entreprise qu’on aime », dit-il.

Le bénéfice par action n’a aucunement augmenté depuis un an. Ce n’est pas une entreprise qui a une croissance très vigoureuse. La hausse du titre est purement liée à une expansion du multiple.

Aaron Lanni

L’analyste Daniel Ives, de la firme Wedbush, s’attend à ce qu’Apple surpasse « facilement » les attentes en publiant ses résultats trimestriels après la fermeture des marchés ce mardi.

Il a d’ailleurs haussé son cours cible à 400 $ US la semaine dernière en soulignant que les investisseurs semblent sous-estimer l’importance de la 5G (la cinquième génération de standards en téléphonie mobile).

Aaron Lanni dit n’accorder « aucune valeur » au cycle de 5G. « Ça va être très long avant que ce cycle devienne répandu [mainstream]. Il y a un peu trop d’enthousiasme par rapport à la 5G. »

Malgré tout, Aaron Lanni rappelle que les avantages concurrentiels d’Apple ne font aucun doute. « C’est certain que si le titre corrige, on sera intéressé à le racheter. »

Actuellement, à Wall Street, 25 des 42 analystes qui suivent officiellement les activités d’Apple recommandent l’achat du titre. La cible moyenne est de 295 $ US, un cours boursier d’environ 8 % inférieur au cours actuel.