Après un quatrième trimestre qui a poussé les rendements de l’année 2019 bien au-delà des attentes, et dans presque toutes les catégories d’actifs comme rarement auparavant, que réserve le début d’année 2020 aux investisseurs ? Tour d’horizon avec les experts du portefeuille fictif de La Presse.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Une tendance favorable

Chaque trimestre, La Presse demande à quatre experts d’analyser la conjoncture pour faire fructifier un portefeuille fictif d’un capital initial de 100 000 $ (les tableaux de rendement et de répartition d'actifs des experts du Portefeuille fictif sont disponibles dans l'édition complète de La Presse sur tablette électronique du dimanche 12 janvier 2020).

Dans ce premier rendez-vous en 2020, ces quatre experts reviennent brièvement sur la fin d’année 2019 sur les marchés d’investissement.

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L’industrie manufacturière a profité du surprenant rebond de la croissance mondiale à la fin de 2019. Ci-dessus, une usine d’ArcelorMittal en France.

Ils recalibrent aussi leur répartition d’actifs individuelle pour le premier trimestre de 2020 en fonction d’un portefeuille équilibré de référence. C’est-à-dire établi à 60 % en actions et 40 % en obligations et encaisse, avec des écarts de répartition limités à 10 % en plus ou en moins.

Quel constat pour le quatrième trimestre de 2019 ?

> François Bourdon, chef des placements global, Fiera Capital

« Même si je m’y attendais un peu, j’ai été un peu surpris par l’ampleur du regain d’optimisme dans les marchés d’investissement en fin d’année 2019, après plusieurs mois de sentiment très négatif suscité par de nombreux soucis de conjoncture économique. » 

« Manifestement, les investisseurs ont grandement apprécié en fin d’année 2019 la trêve intervenue dans la dispute commerciale entre la Chine et les États-Unis, ainsi que le retour des principales banques centrales, de la Fed américaine en particulier, en mode d’assouplissement de leur politique monétaire » [baisse de taux ou interventions en marchés obligataires].

> Vincent Delisle, co-chef des placements, Hexavest

« L’année 2019 s’est terminée avec des rendements assez robustes dans presque toutes les catégories d’actifs, ce qui fut à la fois étonnant et inusité dans l’évolution récente des marchés d’investissement.

« En fait, ce quatrième trimestre contrastait avec une année 2019 marquée par les inquiétudes des investisseurs face aux perturbations alors croissantes dans le commerce international, et une économie manufacturière mondiale dans sa pire situation depuis 2009.

« Par ailleurs, je considère que les baisses de taux d’intérêt effectuées par les principales banques centrales ont été la raison numéro un de ce revirement positif de performance en fin d’année dans la plupart des actifs d’investissement, y compris l’immobilier. »

> Michel Doucet, vice-président et gestionnaire de portefeuille, Valeurs mobilières Desjardins

« La fin d’année 2019 dans les marchés d’investissement s’est avérée exceptionnelle, bien au-delà des attentes. Et en contraste marqué par rapport à la fin d’année 2018, alors que les investisseurs étaient en quasi-panique face à l’impact des conflits commerciaux et des tensions géopolitiques sur l’économie mondiale, que l’on craignait déjà au bord de la récession.

« Manifestement, l’optimisme a repris le dessus avec l’atténuation des inquiétudes liées au Brexit en Europe et au conflit commercial entre la Chine et les États-Unis, ainsi que l’assouplissement de politique monétaire par les principales banques centrales et la stabilisation du secteur manufacturier mondial après quelques trimestres difficiles. »

> Martin Lefebvre, chef des placements et stratège, Banque Nationale

« L’année 2019 en Bourse s’est terminée dans un regain d’optimisme qui a procuré de solides gains dans presque toutes les catégories d’actifs, avec les actions américaines en haut du podium. Ce contexte était aussi complètement à l’inverse de la situation qui existait un an plus tôt, alors que toutes les catégories d’actifs affichaient des pertes et que la Bourse américaine venait de subir son pire mois de décembre depuis 1931. 

« Cette inversion positive de momentum parmi les investisseurs a été motivée par l’atténuation des facteurs de risque qui les inquiétaient le plus : les deux plus grandes économies du monde [Chine et États-Unis] ont conclu un accord commercial de première phase, des signes de reprise de croissance économique sont apparus, et les principales banques centrales ne démontrent aucun empressement à retirer leurs politiques monétaires accommodantes » [bas taux d’intérêt].

Quelles perspectives pour la suite ?

> François Bourdon, chef des placements global, Fiera Capital

« Je m’attends à ce que la dynamique de liquidités accrues dans les marchés d’investissement suscitée par l’assouplissement de politique monétaire parmi les banques centrales continue de dominer favorablement dans les perspectives de marchés durant la première moitié de l’année 2020.

« Néanmoins, mes attentes de rendement sont modérées, considérant que les principaux marchés d’investissement se sont déjà réalignés avec le revirement positif de sentiment envers la conjoncture économique mondiale.

« Par ailleurs, si ce regain de croissance devait s’accentuer au fil des mois, je ne serais pas surpris de voir poindre un retour de l’inflation, aux États-Unis et au Canada notamment, ce qui pourrait inciter leur banque centrale à réviser leur politique monétaire d’assouplissement. »

> Vincent Delisle, co-chef des placements, Hexavest

« Je m’attends à ce que l’économie mondiale continue de reprendre de la vigueur de manière encore favorable aux actifs d’investissement, mais avec des attentes de rendement très modérées par rapport à l’optimisme ambiant dans les marchés. 

« Entre-temps, je considère que les forts gains de valeur dans la plupart des catégories d’actifs en fin d’année 2019 étaient peut-être exagérés dans certains cas. Par conséquent, ces actifs seraient plus vulnérables à une éventuelle correction si les banques centrales révisaient leur politique monétaire [remontée des taux d’intérêt] pour s’ajuster au raffermissement de la croissance économique mondiale.

« Cela dit, ça pourrait aller jusqu’en mi-année 2020 avant que l’on puisse préciser et confirmer ce raffermissement de l’économie, surtout dans le secteur manufacturier mondial après une année particulièrement difficile. »

> Michel Doucet, vice-président et gestionnaire de portefeuille, Valeurs mobilières Desjardins

« L’année 2020 s’amorce de façon positive dans les marchés d’investissement alors que la croissance économique mondiale reprend du mieux après une phase de faiblesse, particulièrement dans le secteur manufacturier.

« Par conséquent, je m’attends à ce que les marchés continuent de bien faire au fil des prochains trimestres, quoique de façon modérée par rapport à l’an dernier. Je m’attends à quelques trous d’air en Bourse durant l’année, mais qui pourraient s’avérer des occasions de déployer des liquidités vers des placements additionnels. 

« Entre-temps, certes, les multiples de valeur en Bourse [cours/bénéfice] sont plus élevés qu’il y a un an, mais je ne les considère pas encore comme exagérés par rapport aux moyennes historiques. Et le risque de la “prochaine récession” demeure absent de l’horizon économique, ce qui est de bon augure pour la progression des bénéfices des entreprises. »

> Martin Lefebvre, chef des placements et stratège, Banque Nationale

« Avec des conditions monétaires qui devraient rester accommodantes [bas taux d’intérêt] et une croissance économique mondiale qui se raffermit, l’année 2020 s’annonce encore favorable pour les principaux marchés d’investissement.

« Je m’attends aussi à ce que la tendance des bénéfices des entreprises à l’échelle mondiale redevienne positive, particulièrement dans le secteur manufacturier, ce qui devrait avantager le rendement des actions.

« Cela dit, je tempère les attentes de rendement en 2020 étant donné le niveau de valorisation déjà élevé de la plupart des actifs d’investissement.

« L’optimisme ambiant sur les marchés appelle à une certaine prudence face au risque de petite correction à court terme, mais qui pourrait aussi s’avérer une occasion de placement additionnel à prix affaiblis. »

Où en est votre répartition d’actifs ?

> François Bourdon, chef des placements global, Fiera Capital

« Dans le contexte d’une économie mondiale revigorée par les baisses de taux des banques centrales, je m’attends à ce que les marchés émergents soient les principaux bénéficiaires de ce regain d’optimisme.

« La Bourse canadienne devrait aussi relativement bien faire, considérant la taille de son secteur des entreprises de ressources et d’énergie, dont les résultats sont très liés à l’état de l’économie mondiale.

« En contrepartie, j’anticipe une performance relativement neutre de la Bourse américaine par rapport aux autres principaux marchés. Aussi, je m’attends à ce que les marchés d’économies développées outre-mer [Europe, Asie, Extrême-Orient] continuent de faire moins bien que les autres, en raison surtout de la croissance anémique qui persiste en Europe. »

> Vincent Delisle, co-chef des placements, Hexavest

« L’avantage américain en Bourse et dans l’économie mondiale s’est beaucoup atténué ces derniers mois, alors que les principaux marchés d’Asie ont repris des forces. D’ailleurs, je considère que la Bourse américaine est devenue de loin la plus dispendieuse parmi les principaux marchés, ce qui découle en bonne partie de la récente surperformance de l’économie américaine par rapport à l’économie mondiale.

« Dans ce contexte, je maintiens une sous-pondération marquée en actions américaines. Mais je surpondère les marchés émergents et les actions canadiennes, parce qu’ils sont les plus susceptibles de profiter d’un éventuel affaiblissement du dollar américain par rapport aux autres devises. 

« Par ailleurs, je demeure en légère sous-pondération dans les actions internationales d’économie développées, en raison surtout de la faiblesse économique qui persiste en Europe. »

> Michel Doucet, vice-président et gestionnaire de portefeuille, Valeurs mobilières Desjardins 

« Je continue d’anticiper un meilleur rendement sur les actions que dans les marchés obligataires, d’où ma surpondération à 70 % en actions par rapport au niveau établi dans le portefeuille équilibré de référence.

« Par secteur, je maintiens la surpondération en actions américaines parce qu’elles demeurent la locomotive boursière de la planète, avec des perspectives de progression des bénéfices encore avantageuses. Je demeure aussi surpondéré en actions canadiennes, alors que les entreprises de ressources et d’énergie pourraient profiter du regain de croissance économique mondiale.

« En contrepartie, je demeure sous-pondéré en Europe, en attendant une reprise de sa croissance économique, surtout dans le secteur manufacturier. Je maintiens aussi la sous-pondération dans les marchés émergents, en attendant d’y voir l’impact d’un regain du commerce international. »

> Martin Lefebvre, chef des placements et stratège, Banque Nationale

« Malgré une fin d’année en 2019 proche de niveaux records, et des multiples de valeur un peu plus élevés que les moyennes historiques, je considère que la Bourse américaine demeure le marché le plus attrayant en fonction du regain d’optimisme parmi les investisseurs.

« Donc, je maintiens ainsi ma répartition d’actifs par rapport au portefeuille équilibré de référence : surpondérés en actions américaines, neutres en actions canadiennes et des marchés émergents, et sous-pondérés en actions internationales d’économies développées. 

« Cela dit, tant que l’économie mondiale continuera de montrer des signes de réaccélération de croissance, j’anticipe qu’il deviendra pertinent d’envisager un transfert de capitaux des actions américaines vers des marchés boursiers plus cycliques, comme le Canada et les économies émergentes. »