(Londres) Le prix du bitcoin, première cryptomonnaie décentralisée, a dépassé lundi les 19 800 dollars pour la première fois depuis sa création il y a 11 ans, dopé par son utilisation de plus en plus répandue et par l’appétit du risque des marchés.

Joseph SOTINEL
Agence France-Presse

Vers 11 h 15, le prix du bitcoin a grimpé à 19 857 dollars, à son plus haut historique, avant de reculer à 19 370 dollars vers 11 h. Son record précédent avait été atteint le 18 décembre 2017 à 19 511 dollars, selon les données compilées à partir de plusieurs plateformes d’échange par l’agence Bloomberg.

Le bitcoin s’inscrit en hausse de 175 % depuis le début de l’année, avec une envolée de plus de 40 % depuis le 21 octobre, quand le géant des paiements en ligne PayPal a annoncé lancer un service d’achat, de vente, et de paiement par cryptomonnaies.

« Nous avançons en terre inconnue pour les prix, et ce petit coup de fouet pourrait faire partir le cours encore plus haut », a estimé Craig Erlam, analyste chez Oanda.

C’est la particularité de cette cryptomonnaie décentralisée, créée par des anonymes : adossée à aucune entreprise, contrôlée par aucune banque centrale, sa valeur est difficile à établir.

Alors que son utilisation comme monnaie numérique reste limitée par des frais de transaction importants et par sa volatilité, des investisseurs adeptes de placements alternatifs ont adopté la cryptomonnaie.

Or numérique

Lors de son précédent pic en 2017, il s’agissait principalement d’investisseurs particuliers. Mais les analystes de grandes banques d’investissement, comme JPMorgan ou Citi, ont comparé ces dernières semaines le bitcoin à l’or, un autre actif proche des monnaies sans être un moyen de paiement pratique.

« Le bitcoin pourrait faire concurrence à l’or comme monnaie “alternative” dans les prochaines années, à mesure qu’une nouvelle génération d’investisseurs prend une part toujours plus importante sur le marché », ont écrit les analystes de JPMorgan.

Une analyse qui ne fait pour l’instant pas consensus sur le marché : « le bitcoin est une monnaie si les gens gardent confiance en lui, et même si ça fait un moment qu’il existe, nous utilisons l’or et l’argent comme un moyen de conserver la valeur depuis des milliers d’années », a rappelé un analyste de Société Générale dans une note.

« C’est bien, il y a eu une crise mondiale lors de la crise des “subprimes” parce que c’étaient des actifs basés sur des cochonneries, et là des gens achètent des actifs basés sur rien », s’exaspère un courtier d’un grand cambiste londonien.

Mais alors que les banques centrales multiplient les efforts pour relancer une économie mondiale plombée par la pandémie de coronavirus, les investisseurs s’arrachent les actifs à risque, tandis que le dollar plonge.

Le bitcoin n’a pas été le seul à profiter de cette soif d’achats ces dernières semaines. L’indice vedette de la Bourse de New York, le Dow Jones Industrial Average, a dépassé mardi dernier les 30 000 points pour la première fois de son existence avant de battre en retraite, tandis que le NASDAQ et le S&P avaient atteint des records vendredi.