(New York) Les principaux marchés boursiers d’Europe et d’Amérique ont été fortement secoués mercredi par une poussée d’inquiétude des investisseurs envers les conséquences socioéconomiques de la résurgence de l’épidémie de COVID-19.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Aux États-Unis, les principaux indices ont subi leur plus forte chute journalière depuis le mois de juin, lâchant plus de 3 % dans le sillage de la déroute survenue plus tôt sur les bourses européennes.

L’indice S&P 500, considéré comme le plus représentatif de la Bourse américaine, a basculé de 3,5 % à 3271 points. L’indice Dow Jones des grandes capitalisations a terminé en baisse de 3,4 %, à 26 519 points, son plus bas niveau depuis le mois d’août.

Quant à l’indice NASDAQ, plus représentatif des secteurs technologiques, il a reculé de 3,7 % à 11 004 points, son plus bas niveau depuis plus d’un mois.

Au Canada, l’indice principal de la Bourse de Toronto, le S&P/TSX, a chuté de 2,7 % à son plus bas niveau depuis plus de trois mois, soit 15 586 points à la clôture. La rechute a été particulièrement marquée dans les actions d’entreprises des secteurs des matières premières et de l’énergie.

Mur d’inquiétude

« Les marchés financiers sont confrontés à un mur d’inquiétude, avec des risques soudainement plus visibles et compréhensibles du point de vue des investisseurs », estime Martin Roberge, analyste principal des marchés nord-américains chez la firme Canaccord Genuity, qui a 68 milliards en actifs sous gestion.

D’une part, explique l’analyste montréalais, « la tendance à la hausse des infections à la COVID-19 aux États-Unis semble inaltérable, alors que la moyenne des nouveaux cas dépasse le pic de 70 000 par jour atteint en juillet, et que les taux d’hospitalisation et de mortalité réaccélèrent. Par conséquent, les marchés financiers craignent que la réimposition des mesures de restriction sanitaire accentue les ravages dans l’économie ».

D’autre part, ajoute Martin Roberge, « l’impasse entre les démocrates et les républicains [au Congrès] continue de retarder le projet de loi d’aide à la relance économique qui fournirait de l’oxygène aux travailleurs américains. De plus, la possibilité d’un Congrès encore divisé au lendemain des prochaines élections a refait surface au cours des derniers jours ».

« Le sentiment des investisseurs a changé de vitesse et est devenu résolument prudent ces derniers jours », constate Candice Bangsund, vice-présidente à la répartition globale de l’actif et gestionnaire de portefeuilles chez la firme montréalaise Fiera Capital, qui a 171 milliards en actifs sous gestion.

« Après avoir été haussiers tout au long du mois d’octobre, les marchés boursiers ont inversé leur tendance à court terme, alors que la résurgence mondiale des cas de COVID et la réimposition de restrictions sanitaires remettent en question les perspectives de l’économie et des prochains résultats d’entreprises », explique Mme Bangsund.

Pendant ce temps, aux États-Unis, « le revirement de sentiment dans les marchés boursiers est accentué par l’incapacité des législateurs à Washington de s’entendre sur un nouveau programme d’aide budgétaire à l’économie, ainsi que l’incertitude persistante sur l’issue des élections du 3 novembre ».

Dans ce contexte, estime Candice Bangsund, « la méfiance des investisseurs envers l’impact économique de la remontée des cas de COVID et la volatilité engendrée sur les marchés financiers prévaudront au moins jusqu’après les élections américaines de la semaine prochaine ».

Et pour la suite ?

De l’avis de Martin Roberge, analyste principal des marchés nord-américains chez Canaccord Genuity, « les inquiétudes politiques qui agitent actuellement les marchés financiers devraient s’atténuer après les élections de la semaine prochaine aux États-Unis ».

Quant aux inquiétudes économiques, il anticipe que « l’effet décalé des mesures de relance monétaire et budgétaire mises en œuvre depuis le début de l’année dans la plupart des grandes économies du monde devrait supporter la continuité de la reprise au moins jusqu’au printemps de l’an prochain ».

Chez Fiera Capital, Candice Bangsund estime « qu’au-delà du court terme, les perspectives de l’économie mondiale restent raisonnablement bonnes. Et quel que soit le résultat des élections aux États-Unis, notre scénario de référence pour une reprise rapide de la croissance mondiale demeure intact ».

En fait, précise-t-elle, « ce dont nous sommes sûrs, c’est que l’objectif du gouvernement américain [après les élections] sera de revitaliser l’économie et de remettre les gens au travail après la récession provoquée par la pandémie. La politique budgétaire américaine restera expansionniste pour l’économie que ce soit sous une présidence Biden ou Trump, mais à des degrés différents ».

Dans ce contexte, anticipe Mme Bangsund, « la visibilité macroéconomique devrait s’améliorer de manière significative après l’élection, ce qui ramènerait l’attention des investisseurs sur la conjoncture favorable d’une croissance plus forte appuyée par des politiques monétaire et budgétaire encore expansionnistes. Cette conjoncture devrait rouvrir la voie vers de nouveaux gains boursiers au cours de l’année à venir ».

Le pétrole chute aussi

Les prix du pétrole ont lourdement chuté mercredi, lestés par la hausse plus importante que prévu des réserves commerciales de brut aux États-Unis et les doutes des investisseurs sur la demande à venir d’or noir. Le baril américain de WTI coté à New York pour livraison en décembre a lâché 5,51 % ou 2,18 $US, à 37,39 $US. À Londres, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison le même mois a perdu quant à lui 5,05 % ou 2,08 $US, à 39,12 $US. Les deux contrats de référence sont tombés à leur plus bas depuis le début d’octobre. Selon les chiffres hebdomadaires de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) publiés mercredi, les stocks commerciaux de brut aux États-Unis se sont établis à 492,4 millions de barils (MB) au 23 octobre, en hausse de 4,3 MB. Les analystes s’attendaient à une augmentation moindre de 1,5 MB de brut. À ce niveau, les stocks sont 9 % au-dessus de la moyenne des cinq dernières années. Cette augmentation des réserves a été le fait d’un fort rebond de la production pétrolière américaine qui était en hausse de 1,2 million de barils par jour, à 11,1 millions de barils par jour, un sommet en cinq mois après le passage de plusieurs ouragans dans le golfe du Mexique. Le rapport hebdomadaire américain sur les réserves montrait par ailleurs des stocks d’essence en repli de 900 000 barils, alors que les analystes s’attendaient à ce qu’ils restent stables. Ceux de produits distillés (fioul et gaz de chauffage) ont baissé de 4,5 millions de barils, bien plus que les attentes. À Cushing, en Oklahoma, où se situent les gigantesques cuves stockant le pétrole WTI coté à New York, les stocks se sont repliés de 400 000 barils. Au cours des quatre dernières semaines, les Américains ont consommé en moyenne 18,8 millions de barils par jour, davantage que la semaine dernière (+ 0,5 million de barils par jour), mais 11,3 % de moins qu’il y a un an à la même époque. — Agence France-Presse