Le deuxième trimestre 2020 restera à jamais inscrit dans l’histoire. C’est pendant cette période, soit les mois d’avril, mai et juin, que la croissance économique mondiale a connu la pire dégringolade de tous les temps.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Sur le plan économique, les pays n’ont pas tous souffert également. Certains ont été frappés très durement. C’est le cas du Pérou. Ce pays d’Amérique latine, qui connaissait une bonne croissance avant la crise, est celui qui affiche le plus important recul économique au deuxième trimestre.

En haut de la liste, Taiwan, un pays pourtant voisin de la Chine, où l’épidémie a commencé, n’a subi qu’un recul de 0,6 % de son produit intérieur brut (PIB) au deuxième trimestre comparativement à la même période en 2019.

Si on veut se comparer, le Canada, qui a subi une chute de 11,5 % de son PIB au deuxième trimestre, se retrouve au milieu, tout comme le Québec, avec une baisse comparable de 12,2 %.

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Les pays n’ont pas non plus été frappés de la même manière par la pandémie. Celui qui a le plus souffert de la maladie, le Pérou, est aussi celui dont l’économie a subi l’impact le plus important, selon les statistiques disponibles.

Par million d’habitants, le Pérou déplorait 966 décès liés à la COVID-19. Ça dépasse la Belgique, avec 869 morts par million d’habitants et les États-Unis, où le nombre de décès est le plus élevé en termes absolus, mais qui a fait mieux par million d’habitants (597).

Comme toutes les statistiques, ces chiffres doivent être interprétés avec prudence. Le virus continue de sévir et une deuxième vague commence à déferler dans plusieurs régions du monde.

De plus, les pays n’ont pas tous comptabilisé de la même façon les décès liés à la COVID-19. Les méthodes de comptabilisation ont aussi évolué depuis le début de la pandémie. L’État de New York, par exemple, a commencé par compter seulement les décès survenus à l’hôpital, avant de rajuster son calcul pour inclure ceux survenus au foyer ou dans les maisons de retraite.

Ces précautions prises, ça n’empêche pas de poser la question : existe-t-il un lien entre la gravité de l’épidémie et son impact sur l’économie ? En d’autres termes, est-ce que les pays qui ont sacrifié leur PIB pour combattre la pandémie ont limité le nombre de victimes ? Et inversement, est-ce que les pays qui ont voulu limiter l’impact économique de l’épidémie rapportent un plus grand nombre de victimes ?

À première vue, la réponse est non. Le Pérou est le pays qui a subi la plus grande dégringolade économique ET le plus grand nombre de décès liés à la COVID-19.

On peut aussi parler du Québec, qui a imposé un confinement plus sévère que les autres provinces canadiennes, avec des dommages plus importants à son économie, et qui a un bilan beaucoup plus lourd en nombre de morts.

À l’inverse, des pays rapportent à la fois un déclin modeste de leur PIB et un nombre de décès limité. C’est le cas de Taiwan, qui a eu 7 victimes de la COVID-19 parmi ses 24 millions d’habitants, mais aussi de la Finlande et de la Corée du Sud.

Que faut-il en conclure ? Une seule chose, pour le moment : la lutte contre le coronavirus n’est pas un choix entre l’économie et la santé de la population. Il y a des gouvernements qui ont réussi à protéger à la fois leur population et leur économie, et d’autres qui n’ont fait ni l’un ni l’autre.

Le bilan de la lutte contre la COVID-19 dans le monde reste à faire. Mais il faut déjà renoncer à trouver une raison du succès ou un coupable pour le désastre.

La performance ou la contre-performance d’un pays dans la gestion de cette crise repose de toute évidence sur un ensemble de facteurs. En plus des décisions cruciales prises par les gouvernements, la culture, la cohésion sociale, le fonctionnement du système de santé ou l’âge et l’état de santé de la population ont influencé les résultats.