(New York) Le cours du pétrole américain a replongé lundi, dégringolant de 25 % dans un marché lesté par une offre pléthorique et un stockage du brut aux limites bientôt atteintes, sur fond de pandémie de coronavirus.

Benoît PELEGRIN
Agence France-Presse

Référence à New York, le baril de WTI pour livraison en juin, qui restait sur quatre séances consécutives de hausse, a chuté de 4,16 dollars pour finir à 12,78 dollars.

Lundi dernier, il avait connu une séance inédite dans l’histoire du marché pétrolier, le baril pour livraison en mai clôturant à -37,63 dollars le baril, les investisseurs étant prêts à payer pour se délester de leurs contrats.

À Londres, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juin a lui perdu près de 7 % à 19,99 dollars.

Cette orientation du marché traduit les inquiétudes à propos « des niveaux de stockage du brut, qui augmentent » et s’approchent de leur limites ainsi que sur les coupes à venir des pays producteurs, « qui ne répondent pas aux besoins réels du marché », a commenté Bjornar Tonhaugen, analyste de Rystad Energy.

Les pays producteurs de pétrole rassemblés au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et leurs partenaires se sont mis d’accord en avril pour réduire de quelque dix millions de barils par jour leur production à partir du mois de mai, mais le déficit de la demande causé par la pandémie de COVID-19 pourrait représenter un volume plus de deux fois supérieur.

Résultat, les réserves d’or noir se remplissent à toute vitesse et pourraient atteindre leur maximum d’ici quelques semaines selon plusieurs analystes, une réaction en chaîne qui pèse encore davantage sur les prix du brut.

« Au niveau mondial, il est question de surplus de 16 à 17 millions de barils par jour », souligne Bart Melek de TD Securities.

« Nous allons bientôt manquer d’espace de stockage, à commencer par Cushing », précise l’expert.

Situés dans l’Oklahoma, les stocks de brut du terminal de Cushing servent de référence à la cotation du WTI. Ils étaient de 59,7 millions de barils (MB) au 17 avril pour une capacité totale d’un peu plus de 76 millions de barils, selon les données de l’Agence américaine d’information sur l’Énergie.

Au niveau des États-Unis, les réserves de brut se sont établies à 518,6 MB, se rapprochant de leur plus haut historique.

Sauvetage américain

Dans ce contexte très défavorable aux prix, les cours du pétrole « n’ont plus vraiment besoin d’un élément déclencheur pour plonger »,  rappelle Craig Erlam, de Oanda.

L’analyste souligne le retour lundi d’une forte volatilité, signe de fébrilité des investisseurs, « alors qu’elle semblait s’être quelque peu calmée en fin de semaine dernière ».

« Si la demande ne reprend pas en mai, il est probable que les prix basculent de nouveau dans le négatif à l’approche de la prochaine date de livraison », a de son côté estimé Hussein Sayed, analyste de FXTM.

Or la reprise de l’activité s’annonce pour le moins complexe, les pays européens abordant l’étape cruciale du déconfinement en ordre dispersé et parfois dans la polémique.

Outre-Atlantique, le secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin a déclaré dimanche que l’administration américaine envisageait d’accorder des prêts aux entreprises pétrolières afin de sauver cette industrie mise à mal par les prix bas.

Prêter de l’argent aux sociétés du secteur de l’énergie est une option « que nous étudions de près », a-t-il indiqué sur la chaîne Fox News.

Le président Donald Trump avait annoncé mardi avoir demandé à son administration de mettre sur pied un plan d’aide d’urgence à l’industrie du gaz et du pétrole.