(New York et Toronto) La Bourse de New York a fini en net recul lundi dans le sillage d’un plongeon sans précédent du cours du pétrole new-yorkais, dont le contrat pour livraison le mois prochain a terminé en territoire négatif.

Agence France-Presse et La Presse canadienne

L’indice vedette de Wall Street, le Dow Jones Industrial Average, a reculé de 2,44 %, à 23 650,44 points.  

Le NASDAQ, à forte coloration technologique, a perdu 1,03 %, à 8560,73 points, et le S&P 500, qui représente les 500 plus grandes entreprises de Wall Street, a baissé de 1,79 %, à 2823,16 points.

La Bourse de Toronto a avancé légèrement. L’indice composé S&P/TSX a gagné 28,40 points pour clôturer la séance à 14 388,28 points.

Sur le marché des devises, le dollar canadien s’est négocié au cours moyen de 70,99 cents US, en baisse par rapport à son cours moyen de 71,24 cents US de vendredi.

« C’est un jour historique. Les contrats à terme sur le pétrole ont été négatifs pour la toute première fois », a observé Michael Currie, vice-président et conseiller en placement chez Gestion de patrimoine TD.

Le contrat à terme sur le baril de pétrole de référence West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en mai, qui expire mardi, a plongé de 55,90 $ US pour terminer la séance à-37,63 $ US.

Cette glissade spectaculaire a été motivée par des problèmes d’offre excédentaire, puisque les compagnies aériennes et les raffineries, déjà bien approvisionnées, ne recherchent pas nécessairement de nouvelles livraisons de pétrole.

« Fondamentalement, les réservoirs de tous les gros acheteurs sont pleins. La demande est en baisse. Ils sont donc assis sur une tonne de réserves », a-t-il expliqué lors d’une entrevue.

Pendant ce temps, le contrat à terme pour livraison en juin était en meilleure forme, mais il a tout de même rendu 4,60 $ US, soit 18,4 %, à 20,43 $ US le baril, à la Bourse des matières premières de New York.

Les prix du pétrole brut ont atteint leur plus bas niveau depuis 1986 et ont dégringolé de plus de 80 % depuis le début de l’année, à des niveaux inférieurs au seuil de rentabilité, ce qui a contraint les producteurs canadiens à réduire leur production.

La baisse de lundi est survenue malgré la conclusion d’un accord, la semaine dernière, entre les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et la Russie pour réduire la production de 9,7 millions de barils par jour, afin de compenser une partie de la baisse de la demande.

La baisse des prix du brut a fait chuter le secteur de l’énergie de 1,5 % à la Bourse de Toronto. M. Currie a expliqué que le secteur n’avait pas chuté davantage à cause des commentaires du gouvernement canadien qui a promis d’aider l’industrie.

Les groupes de la consommation discrétionnaire, des services publics et de l’industrie ont également diminué. Le secteur de la consommation a baissé de près de 1,8 %.

Le secteur des technologies de l’information a progressé de 3,2 %, alors que Shopify a renforcé sa position de troisième entreprise au Canada, ses actions ayant gagné 6,7 %. Plus tôt dans la journée, la valeur marchande de Shopify a brièvement dépassé celle de la Banque TD, en deuxième position.

La hausse du cours de l’or a aidé le secteur des matériaux à croître de 2,3 %.

Le prix du lingot a augmenté de 12,40 $ US à 1711,20 $ US l’once, tandis que celui du cuivre a cédé près de 2,45 cents US à 2,32 $ US la livre.

« Je pense que la panique du pétrole a poussé les gens à se tourner davantage l’or », a observé M. Currie.

« Des prix pétroliers exceptionnellement bas sont le signe d’une activité économique faible », explique Peter Cardillo de Spartan Capital Securities.

« C’est le signe que nous sommes en période de déflation », ajoute M. Cardillo, rappelant la série de récents indicateurs catastrophiques pour l’économie américaine, notamment l’explosion du nombre d’inscriptions au chômage.

Sans surprise, les grandes pétrolières font partie des valeurs qui ont le plus souffert en Bourse lundi : Occidental a chuté de 7,6 %, Chevron de 4,1 % et Exxon Mobil de 4,7 %.

Mais le secteur énergétique est loin d’avoir été le seul à subir le choc, plusieurs grands noms de la cote new-yorkaise comme l’avionneur Boeing (-6,8 %) ou la banque JPMorgan Chase (-3,7 %) s’étant aussi très fortement repliés.

Par ailleurs, les investisseurs semblaient s’impatienter en l’absence d’un compromis entre la Maison-Blanche et le Congrès sur une deuxième vague de prêts aux petites et moyennes entreprises américaines dévastées par la crise de coronavirus.

En dépit des déclarations encourageantes de responsables démocrates et républicains le week-end dernier pour débloquer de nouveaux fonds pour les PME, les 349 milliards initiaux étant déjà été alloués, aucun vote n’était programmé lundi.

Sur le marché obligataire, le taux à 10 ans sur la dette américaine reculait, à 0,6148 %, contre 0,6417 % à la dernière clôture.