Un gestionnaire de portefeuille partage sa stratégie des dernières semaines.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

« Mars a été le plus important mois transactionnel de ma carrière », lance Daniel Ouellet, du Groupe Ouellet Bolduc, affilié à Desjardins. La totalité des liquidités détenues d’environ 120 millions a été injectée en Bourse en mars.

« C’est la première fois qu’on avait autant de liquidités à redéployer dans le marché », affirme le gestionnaire de Rimouski.

« Quand ça brasse sur les marchés, on entend souvent dire que la meilleure chose à faire, c’est de ne rien faire. C’est vrai. Quand tu es pleinement investi et qu’arrive un cygne noir – un évènement que tu n’as pas vu venir –, la meilleure chose à faire est de rester calme et de ne rien faire », dit-il.

« On ne s’attendait pas au coronavirus, mais nous étions positionnés pour une récession. On avait un pourcentage de liquidités élevé. Je ne pensais jamais les investir aussi vite. C’est toutefois une question de niveau dans le marché et non pas une question de semaines ou de mois. La baisse est venue tellement vite. »

Saisir l’occasion

Il explique que les liquidités ont été injectées dans le marché en mars. Lorsque le recul a atteint 35 %, son travail était de profiter des occasions, dit-il. 

PHOTO FOURNIE PAR DESJARDINS

Daniel Ouellet, du Groupe Ouellet Bolduc, affilié à Desjardins

On ne pouvait pas savoir si c’était le creux ou pas. La réalité est que personne ne pouvait le savoir. On s’est dit qu’il y avait plus de risques à être hors du marché à -35 % que d’être pleinement investi. Car personne ne pouvait savoir à quelle vitesse les marchés pouvaient remonter.

 Daniel Ouellet, du Groupe Ouellet Bolduc, affilié à Desjardins

Il a profité du repli pour instaurer des positions dans Suncor, Banque Scotia, Magna, Brookfield Asset Management, Sysco et Fedex. Il a aussi saisi l’occasion de bonifier des participations dans des titres comme Saputo et Nutrien (ex-Potash).

Parmi ses critères de sélection, Daniel Ouellet précise qu’il s’intéressait aux titres d’entreprises de qualité « qui seront là dans trois à cinq ans de façon certaine ».

Dans le cas de Suncor, par exemple, il admet que l’énergie n’est pas un secteur qu’il affectionne. D’ailleurs, il précise qu’il n’avait pas investi dans ce secteur depuis une douzaine d’années. « Ce n’est pas un secteur attirant côté valeur et rendement potentiel, question d’évaluation et aussi d’enjeux environnementaux. » L’achat d’actions de Suncor (Petro-Canada) à un coût moyen de 16 $ en mars était une évidence pour lui en matière de valorisation.

Le rebond d’avril offre cependant à Daniel Ouellet l’occasion de se redonner un peu de marge de manœuvre. Il a effectué quelques transactions de vente la semaine dernière, question d’avoir à nouveau « un peu » de liquidités.

Il a notamment vendu le tiers de la participation dans Suncor acquise en mars et diminué son exposition à ZUB, un fonds négocié en bourse de banques américaines. S’il avait complètement éliminé ses liquidités à la fin de mars, il en a aujourd’hui pour 30 millions.

« La remontée de l’action de Suncor [de 15 $ à 24 $] a fait en sorte que ce titre représentait plus de 6 % de notre portefeuille croissance », dit-il. C’est pourquoi il a ramené cette position à 4 % la semaine dernière en vendant un bloc d’actions. Il pense maintenant conserver le reste de sa participation dans Suncor entre 18 et 36 mois. « Ça dépendra de l’évolution des prix », dit-il.

« C’est un horizon assez long pour que l’économie revienne à la normale, pour que la demande de pétrole revienne à 100 millions de barils par jour, et pour que le prix du baril de brut revienne dans une fourchette de prix plus raisonnable [40 à 60 $]. On devrait voir ça en 2022 », pense-t-il.

Même si l’OPEP vient de s’entendre pour réduire la production, on s’entend que la demande ne reviendra pas instantanément, dit-il. « Ça va juste éviter que le niveau d’inventaire déborde. »

Daniel Ouellet prévient qu’il ne faut pas se laisser « impressionner » par les statistiques économiques à court terme. « Elles seront négatives. Il faut voir plus loin les impacts plus permanents de la pandémie. »

Si, comme bien des gestionnaires, sa performance demeure négative jusqu’ici cette année, il soutient qu’il est « loin d’être impossible » que son rendement de 2020 soit positif.